1. Où en est le crack spread en septembre 2026 ?
La semaine close le 18/09/2026, le crack spread 3-2-1 de New York Harbor atteignait 68,76 $ le baril, plus du double de son niveau d'avant-guerre (29,06 $ la semaine au 27/02/2026), d'après notre calcul sur les prix spot de l'EIA. Le crack spread, c'est l'écart entre ce que rapportent les produits sortis d'une raffinerie et ce que coûte le pétrole brut qui y entre. Le 3-2-1 le résume pour un panier type : trois barils de brut WTI donnent deux barils d'essence et un baril de gazole.
Cette même semaine, le crack du gazole (ULSD, le gazole routier à très basse teneur en soufre) montait à 115,83 $, celui du fioul n° 2 à 107,51 $, celui du kérosène de la côte américaine du Golfe à 88,99 $, et celui de l'essence à 45,22 $ seulement. Le dernier jour publié par l'EIA, le 22/09/2026, le 3-2-1 valait 73,12 $ et le crack du gazole 113,88 $, pour un WTI à 96,41 $.
Crack spreads à New York Harbor, moyennes mensuelles de janvier 2019 à août 2026, en $ par baril
Dernière valeur (août 2026):
- Crack spread 3-2-1: 65,61 $
- Crack gazole (ULSD): 94,73 $
- Crack essence: 51,05 $
Source : prix spot de l'EIA, calcul Global Oil Shock (au 24/09/2026)
La courbe mensuelle montre trois époques. En 2019 et en 2021, le 3-2-1 tournait autour de 20 dollars en moyenne annuelle (19,12 $ puis 20,31 $), avec entre les deux un creux à 11,30 $ en 2020, l'année du Covid. En 2022, après l'invasion de l'Ukraine, il grimpe à 62,68 $ en mai 2022. En 2026, il passe de 28,77 $ en février à 46,65 $ en mars, premier mois complet de la guerre, monte à 53,23 $ en mai, se replie à 47,84 $ en juin, puis atteint 64,54 $ en juillet et 65,61 $ en août : l'été a été plus tendu que le printemps.
2. Le crack spread est-il vraiment à un niveau record ?
Oui pour le 3-2-1, le fioul et le kérosène, en moyenne mensuelle et depuis le début des séries de l'EIA ; non pour le gazole, resté un cheveu sous son pic d'octobre 2022, ni pour l'essence. Il faut préciser de quoi l'on parle, car chaque écart a son propre historique :
- 3-2-1 : 65,61 $ en août 2026, le plus haut depuis juin 2006, premier mois où l'EIA publie à la fois l'essence et le gazole ULSD de New York. Suivent juillet 2026 (64,54 $) et mai 2022 (62,68 $).
- Fioul n° 2 : 89,10 $, le plus haut d'une série qui démarre en juin 1986, devant octobre 2022 (87,30 $).
- Kérosène : 72,51 $, le plus haut depuis le début de la série en avril 1990, devant janvier 2023 (70,64 $).
- Gazole ULSD : 94,73 $, deuxième valeur de la série derrière octobre 2022 (94,94 $).
- Essence : 51,05 $ en août, sous le record de juin 2022 (56,60 $).
| Écart | Août 2026 | Plus haut mensuel | Deuxième plus haut | Série depuis |
|---|---|---|---|---|
| 3-2-1 New York Harbor | 65,61 | 65,61 (août 2026) | 64,54 (juil. 2026) | juin 2006 |
| Fioul n° 2 moins WTI | 89,10 | 89,10 (août 2026) | 87,30 (oct. 2022) | juin 1986 |
| Gazole (ULSD) moins WTI | 94,73 | 94,94 (oct. 2022) | 94,73 (août 2026) | juin 2006 |
| Kérosène (côte du Golfe) moins WTI | 72,51 | 72,51 (août 2026) | 70,64 (janv. 2023) | avr. 1990 |
| Essence moins WTI | 51,05 | 56,60 (juin 2022) | 54,86 (juil. 2026) | juin 1986 |
Moyennes mensuelles en $ par baril, calcul GOS à partir des prix spot de l'EIA (New York Harbor ; kérosène côte du Golfe). « Série depuis » : premier mois pour lequel l'EIA publie les deux prix de l'écart.
Sur l'année, le décalage est tout aussi net. Sur les huit premiers mois de 2026, le 3-2-1 a fait en moyenne 47,93 $, davantage que sur l'ensemble de 2022 (43,22 $) et deux fois plus qu'en 2025 (23,49 $). Précision utile : ces comparaisons portent sur des dollars courants, sans correction de l'inflation, et sur des moyennes mensuelles. Une semaine isolée peut aller bien plus haut, comme les 115,83 $ du gazole à la mi-septembre.
| Année | Moyenne | Mois le plus bas | Mois le plus haut |
|---|---|---|---|
| 2019 | 19,12 | 14,36 | 22,45 |
| 2020 | 11,30 | 8,39 | 16,41 |
| 2021 | 20,31 | 13,81 | 23,84 |
| 2022 | 43,22 | 21,98 | 62,68 |
| 2023 | 34,71 | 27,28 | 42,72 |
| 2024 | 22,64 | 16,90 | 28,30 |
| 2025 | 23,49 | 18,84 | 29,55 |
| 2026 (janv.–août) | 47,93 | 28,77 | 65,61 |
3-2-1 New York Harbor en $ par baril, moyenne des valeurs mensuelles, calcul GOS à partir des prix spot de l'EIA.
3. Comment calcule-t-on le crack spread 3-2-1 ?
On prend la valeur de deux barils d'essence et d'un baril de gazole, on retranche le prix de trois barils de brut, puis on divise par trois pour obtenir un écart par baril. Les produits étant cotés en dollars par gallon, on les multiplie d'abord par 42, le nombre de gallons dans un baril. Voici le calcul avec les moyennes de la semaine au 18/09/2026 :
- deux barils d'essence : 2 × 3,542 $ × 42 = 297,53 $ ;
- un baril de gazole ULSD : 5,223 $ × 42 = 219,37 $ ;
- trois barils de WTI : 3 × 103,54 $ = 310,62 $ ;
- écart : 297,53 + 219,37 − 310,62 = 206,27 $, divisé par 3 = 68,76 $ le baril.
Les cracks d'un seul produit sont plus simples : prix du produit × 42, moins le prix du WTI. Nos séries reposent sur les prix spot de l'EIA, avec de l'essence conventionnelle. Le 3-2-1 affiché par les marchés à terme, lui, se calcule avec les contrats du NYMEX (essence RBOB, gazole, WTI) : les deux valeurs sont proches, pas identiques.
Le choix du brut de référence pèse aussi. Calculé contre le Brent spot physique de l'EIA, qui s'échangeait à 124,15 $ cette semaine-là, bien au-dessus du Brent coté à terme, le même 3-2-1 tombe à 48,15 $. Sur la côte américaine du Golfe, il atteint 77,12 $. Enfin, un crack spread n'est pas le bénéfice d'une raffinerie : énergie, personnel et entretien restent à payer, d'où la distinction avec la marge de raffinage. Les douze dernières semaines, prix bruts compris :
| Semaine au | WTI ($/b) | Essence NYH ($/gal) | Gazole ULSD NYH ($/gal) | 3-2-1 ($/b) | Crack gazole ($/b) | Crack essence ($/b) | Crack kérosène ($/b) |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 18/09/2026 | 103,54 | 3,542 | 5,223 | 68,76 | 115,83 | 45,22 | 88,99 |
| 11/09/2026 | 99,08 | 3,361 | 4,928 | 64,02 | 107,90 | 42,08 | 86,48 |
| 04/09/2026 | 91,18 | 3,266 | 4,604 | 64,72 | 102,19 | 45,99 | 80,26 |
| 28/08/2026 | 84,62 | 3,370 | 4,262 | 69,41 | 94,38 | 56,92 | 71,41 |
| 21/08/2026 | 87,35 | 3,336 | 4,529 | 69,46 | 102,87 | 52,76 | 77,37 |
| 14/08/2026 | 84,05 | 3,156 | 4,304 | 64,57 | 96,72 | 48,50 | 74,29 |
| 07/08/2026 | 78,94 | 2,923 | 3,870 | 57,08 | 83,60 | 43,83 | 65,16 |
| 31/07/2026 | 84,51 | 3,275 | 4,217 | 66,23 | 92,60 | 53,04 | 72,40 |
| 24/07/2026 | 88,58 | 3,383 | 4,197 | 64,90 | 87,69 | 53,51 | 65,81 |
| 17/07/2026 | 80,77 | 3,331 | 4,012 | 68,67 | 87,73 | 59,13 | 66,10 |
| 10/07/2026 | 72,26 | 3,013 | 3,510 | 61,24 | 75,16 | 54,29 | 52,52 |
| 03/07/2026 | 70,48 | 2,973 | 3,253 | 58,31 | 66,15 | 54,39 | 47,79 |
Moyennes hebdomadaires des prix spot de l'EIA (New York Harbor ; kérosène côte du Golfe), publication du 23/09/2026. Cracks : calcul GOS, 42 gallons par baril.
4. Pourquoi le gazole, le fioul et le kérosène tirent-ils l'écart vers le haut ?
Parce que la guerre a d'abord privé le monde de produits raffinés : en 2025, les pays du Golfe exportaient 3,3 millions de barils par jour (Mb/j) de produits pétroliers et 1,5 Mb/j de GPL, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Dès avril, l'EIA constatait que l'essence avait nettement augmenté, mais le kérosène et les distillats bien davantage (« Although gasoline prices have increased substantially, jet fuel and distillate prices have increased significantly more », Today in Energy, 07/04/2026). En août, les exportations nettes de gazole du Golfe ne dépassaient pas 390 000 barils par jour, à peine plus du quart de leur niveau d'avant-guerre (« just over a quarter of pre-war levels », AIE, 11/09/2026).
S'y ajoutent deux tensions. Selon EnergyNow, les stocks américains de distillats sont tombés à 107,9 millions de barils la semaine au 11/09/2026, leur plus bas niveau pour un mois de septembre depuis 1982. Et selon Hydrocarbon Processing, la Russie s'apprête à prolonger jusqu'à fin octobre son interdiction d'exporter gazole, essence et kérosène, alors que trois de ses six plus grandes raffineries de gazole ont réduit ou arrêté leur production en septembre après des attaques de drones. Pourquoi ton litre suit ces écarts : voir le crack spread du gazole.
Crack spreads à New York Harbor, moyennes hebdomadaires du 3 janvier 2025 au 18 septembre 2026, en $ par baril
Dernière valeur (18/09/2026):
- Crack spread 3-2-1: 68,76 $
- Crack gazole (ULSD): 115,83 $
- Crack essence: 45,22 $
Source : prix spot de l'EIA, calcul Global Oil Shock (au 24/09/2026)
Pour la France, New York n'est pas si loin. En 2025, 33,2 % du gazole et du fioul importés et 59,8 % du kérosène venaient des sept États du Golfe ; au 2e trimestre 2026, la part du Golfe dans le gazole est tombée à 14,7 % et les États-Unis ont fourni 39,6 % des importations françaises de gazole (Eurostat, calcul GOS). Le fioul domestique, le mazout des Belges, des Suisses et des Québécois, est un distillat moyen comme le gazole : il subit la même tension (voir pénurie de gazole 2026-2027). Ce n'est pas la première fois : en 2022, l'EIA relevait sur l'année une hausse de 41 % pour l'ULSD et de 36 % pour le contrat « gasoil », due entre autres aux perturbations des exportations russes de distillats provoquées par les sanctions. Comment 2026 se situe face aux crises de 1973 à 2022, c'est l'objet de notre page chocs pétroliers comparés.
5. Qu'est-ce que le crack spread change pour ton plein et ta cuve de fioul ?
Sur le marché de gros, le brut n'explique qu'une partie de la hausse : entre février et août 2026, le WTI a pris 19,39 $ le baril en moyenne mensuelle, le crack du gazole 54,19 $ et celui du fioul n° 2 54,74 $ (calcul GOS, prix spot de l'EIA). Autrement dit, la part « raffinage » du prix a davantage augmenté que la matière première elle-même.
À la pompe, l'Insee relève en France métropolitaine un gazole à 1,69 € le litre en moyenne en février 2026 et à 2,21 € en août. Pour le fioul domestique livré, 1 000 litres coûtaient en moyenne 1 215,54 € en février et 1 675,26 € en août, soit 459,72 € de plus (calcul GOS). Ces prix de détail comprennent aussi les taxes, le transport et la marge de distribution, et le marché européen a ses propres cotations : le crack de New York n'en donne donc pas le montant exact, seulement la tendance du marché des distillats. Le prix du jour de ta cuve se suit sur prix du fioul aujourd'hui, celui du brut sur prix du pétrole aujourd'hui.
Le crack spread dit-il si le fioul va baisser ? Non : il décrit l'écart d'aujourd'hui, il ne le prévoit pas. L'histoire récente montre seulement qu'un écart très large ne dure pas forcément : après 43,22 $ de moyenne en 2022, le 3-2-1 est revenu à 34,71 $ en 2023, puis à 22,64 $ en 2024. Les facteurs à surveiller sont ceux décrits plus haut, à commencer par les exportations de distillats du Golfe et de Russie. Les données complètes, semaine par semaine et mois par mois, sont en téléchargement libre :
Télécharger toutes les valeurs hebdomadaires et mensuelles en CSV (UTF-8, prix bruts et calcul par ligne)
Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Crack spread 3-2-1 et gazole : la courbe 2019-2026 », état au 24/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/donnees/crack-spread-evolution/