1. Pourquoi le gazole manque plus que le brut
Du brut, il y en a ; ce qui manque, c'est la capacité de raffinage qui le transforme en gazole et le fret qui l'achemine là où on en a besoin. Deux cotations du même soir le montrent : le 22 septembre 2026 à 19h40, le Brent valait 99,80 $ le baril et baissait, le gazole ICE valait 1 452,50 $ la tonne et montait de 0,99 % (HeizOel24.at). En convertissant la tonne au facteur habituel de 7,45 barils, un baril de gazole coûte environ 195 $, soit près de 95 $ de plus que le brut dont il est issu. Cet écart, le crack spread gazole, c'est la pénurie en un chiffre ; notre conversion est une approximation, l'ordre de grandeur ne l'est pas.
Trois causes se superposent. D'abord Ormuz : les pays du Golfe sont de gros exportateurs de produits finis, et Bloomberg signalait le 10 septembre que les expéditions de produits par le détroit repartent plus lentement que le brut ; le fret pèse désormais au moins 25 % du prix du brut vers l'Asie (OilPrice.com, 22 septembre). Ensuite la Russie : après des frappes de drones, trois des six plus grandes raffineries de diesel du pays ont dû réduire ou arrêter leur production en septembre, et l'interdiction d'exporter diesel, essence et kérosène est prolongée jusqu'à fin octobre (Hydrocarbon Processing, 16 septembre). Enfin le taux d'utilisation : les raffineries américaines tournaient à 96,8 % dans la semaine close le 11 septembre (DOE via HeizOel24), les européennes au maximum selon Motor16 ; cet outil industriel ne produira pas davantage de gazole.
2. À quel point les cuves sont vides
Les stocks américains de distillats s'établissaient à 107,9 millions de barils dans la semaine close le 11 septembre 2026, 16,8 millions de moins qu'un an plus tôt (données DOE via HeizOel24) ; c'est le plus bas niveau de septembre depuis 1982 (EnergyNow, 22 septembre). L'EIA prévoit un passage sous 100 millions de barils en septembre et un maintien sous le plus bas de cinq ans pendant une bonne partie de 2027 (STEO, 9 septembre). Gazole et fioul sont le même produit sous une fiscalité différente ; le Nord-Est américain se chauffe au fioul, et la saison de chauffe commence en octobre.
| Marché | Prix | Date | Source |
|---|---|---|---|
| États-Unis, diesel | 6,53 $/gal (record) | 22 sept. 2026 | AAA |
| États-Unis, diesel un an plus tôt | 3,69 $/gal | 22 sept. 2025 | AAA |
| France, gazole | 2,41 €/L | 20 sept. 2026 | Hérault Tribune |
| Allemagne, diesel | 2,471 €/L (record) | 17 sept. 2026 | ADAC |
| Espagne, diesel A (remise de 20 ct incluse) | 1,829 €/L | 22 sept. 2026 | Motor16 |
| Gazole ICE | 1 452,50 $/t | 22 sept. 2026, 19h40 | HeizOel24.at |
| Brent | 99,80 $/bbl | 22 sept. 2026, 19h40 | HeizOel24.at |
L'Europe ne publie pas de statistique hebdomadaire de stocks de ce type ; ses prix racontent l'histoire. L'ADAC note que le brut et le change n'expliquent qu'une partie du prix allemand du diesel et que les marges de la chaîne méritent examen (ADAC, septembre 2026). Notre lexique explique comment se négocient les distillats moyens et ce qui transforme une tension en vraie pénurie de gazole.
3. Ce que l'hiver apporte : pénurie ou seulement prix ?
L'EIA n'attend pas de pompes vides mais des prix élevés : 5,55 $ le gallon de diesel au quatrième trimestre 2026 et 5,66 $ pour le fioul, puis un repli à 4,40 et 4,31 $ en moyenne en 2027 quand les contraintes d'Ormuz se desserreront au deuxième trimestre 2027 (STEO, 9 septembre). Le marché met un prix sur la rareté, il ne la rationne pas ; le rationnement a été l'exception en mars 2026 (la Slovénie a limité les particuliers à 50 litres par jour, Wikipedia) et l'est resté. Ce que l'hiver ajoute est saisonnier : la demande de fioul dans le Nord-Est américain et en Europe, le gazole d'hiver aux additifs plus chers à partir de novembre, et le froid qui augmente la consommation au kilomètre.
Deux choses pourraient changer le tableau rapidement. À la hausse : un échec des discussions sur Ormuz comme le 8 juillet, ou de nouvelles pannes de raffineries en Russie. À la baisse : une réouverture du détroit, que l'offre iranienne des sept jours du 22 septembre laisse entrevoir ; elle ferait baisser le brut vite et le gazole lentement, parce qu'il faut d'abord reconstituer les stocks (voir Réouverture d'Ormuz : trois scénarios). En France, l'aide de 100 € pour les gros rouleurs annoncée le 22 septembre est détaillée sur Aide carburant de 100 €.
4. Ce que ménages et flottes doivent faire maintenant
Ne pas stocker : des jerricans à la cave sont un risque d'incendie et ne changent rien au marché. Qui se chauffe au fioul commande dès maintenant si la cuve est sous le tiers, parce que le fioul est exposé cet hiver à la tension sur le gazole, pas au prix du brut ; la règle est sur Fioul : acheter maintenant ou attendre ? et le prix du jour sur Prix du fioul aujourd'hui.
Les flottes se couvrent par des cartes carburant à surcharge fixe ou par des contrats à prix fixe là où les distributeurs en proposent encore (voir contrat à prix fixe), et prévoient le gazole d'hiver dès novembre. Qui a le choix reporte la consommation de gazole qui peut l'être : un écart de 95 $ le baril entre gazole et brut est historiquement large, et l'EIA attend une normalisation en 2027.
Ce qu'un gazole à 2,41 ou 2,00 € le litre signifie pour ton budget, tu le calcules en une minute.
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