1. Combien de navires franchissent le détroit d'Ormuz aujourd'hui ?
Le 25/10/2026, PortWatch a relevé 2 passages dans le détroit d'Ormuz, 1 pétrolier et 1 cargo ; la moyenne mobile sur sept jours s'établit à 3,3 navires par jour, celle sur trente jours à 3,4, dont 0,7 pétrolier. La série s'arrête au 25/10/2026 parce que PortWatch publie avec une dizaine de jours de décalage : les signaux AIS doivent être collectés, nettoyés et attribués à un passage avant diffusion. Les valeurs quotidiennes oscillent entre zéro et une poignée ; la lecture utile est celle des moyennes mobiles, tracées en bleu ci-dessous.
Passages de navires dans le détroit d'Ormuz par jour, 01/10/2025 – 25/10/2026
Dernière valeur (25/10/2026):
- Tous navires: 2
- Pétroliers et chimiquiers: 1
- Moyenne sur 7 jours, tous navires: 3,3
Source : IMF PortWatch (Daily Chokepoints), calcul Global Oil Shock, au 05/11/2026
Le graphique commence en octobre 2025, quand le détroit fonctionnait normalement avec 89,4 passages par jour en moyenne mensuelle, puis montre la chute du 28/02/2026. Ce jour-là, PortWatch a encore compté 57 passages, dont 36 pétroliers ; le lendemain 20, dont 5 ; le 04/03/2026, aucun. Depuis, la courbe orange des pétroliers reste collée à l'axe. Le tableau des quatorze derniers jours permet de vérifier chaque valeur.
| Jour | Tous navires | Pétroliers | Cargos |
|---|---|---|---|
| 25/10/2026 | 2 | 1 | 1 |
| 24/10/2026 | 2 | 1 | 1 |
| 23/10/2026 | 5 | 1 | 4 |
| 22/10/2026 | 4 | 1 | 3 |
| 21/10/2026 | 3 | 0 | 3 |
| 20/10/2026 | 3 | 1 | 2 |
| 19/10/2026 | 4 | 1 | 3 |
| 18/10/2026 | 4 | 2 | 2 |
| 17/10/2026 | 0 | 0 | 0 |
| 16/10/2026 | 7 | 1 | 6 |
| 15/10/2026 | 2 | 1 | 1 |
| 14/10/2026 | 3 | 0 | 3 |
| 13/10/2026 | 7 | 0 | 7 |
| 12/10/2026 | 3 | 0 | 3 |
14 derniers jours de la série PortWatch (publiée avec environ dix jours de décalage).
Ce que ces chiffres ne disent pas : la taille des navires, leur cargaison, leur destination, ni s'ils naviguaient seuls ou en convoi. Un passage de superpétrolier compte autant qu'un passage de caboteur. Pour une lecture en termes de barils et de dépendance par pays, l'indice de dépendance à Ormuz croise les flux d'avant-guerre avec les importations de chaque pays ; l'entrée détroit d'Ormuz du lexique explique la géographie du passage.
2. Combien de navires passaient avant la guerre, et combien manquent depuis ?
Entre 2023 et 2025, 89,7 navires par jour en moyenne franchissaient Ormuz selon PortWatch, dont 52,3 pétroliers ; depuis le 28 février 2026, la moyenne est tombée à 6,4 par jour, 14,0 fois moins, et à 3,5 en octobre 2026. Sur les 240 jours écoulés jusqu'au 25/10/2026, PortWatch a compté 1 539 passages au total, dont 616 de pétroliers ; au rythme de 2023-2025, il y en aurait eu 21 518. L'écart, 19 979 passages, est l'ordre de grandeur de ce qui a été détourné, annulé ou effectué sans signal AIS exploitable.
Passages à Ormuz, moyenne quotidienne par mois, janv. 2019 – oct. 2026
Dernière valeur (octobre 2026):
- Tous navires, moyenne quotidienne: 3,5
Source : IMF PortWatch (Daily Chokepoints), calcul Global Oil Shock, au 05/11/2026
La courbe mensuelle montre aussi que le trafic d'avant-guerre n'était pas constant. L'année 2019 affichait 69,1 passages par jour, 2022 un maximum de 93,5, puis 92,3 en 2023, 91,1 en 2024 et 85,5 en 2025 ; l'automne 2025 avait déjà fléchi, de 89,4 en octobre à 55,5 en décembre, avant un rebond à 78,3 en février 2026. Le choix de la référence change donc le pourcentage de recul : par rapport à 2023-2025, octobre 2026 représente 3,9 % du trafic ; par rapport à février 2026, le trafic a été divisé par 22,2, et celui des pétroliers par 77,6.
Les mois de guerre ne se ressemblent pas non plus. Mars 2026 est le plus bas avec 3,2 passages par jour (0,9 pétrolier) ; avril remonte à 7,1, juin à 12,9 (5,4 pétroliers) et juillet à 10,2, avant un nouveau repli à 4,7 en août, 3,6 en septembre et 3,5 en octobre. Les deux reprises partielles de juin-juillet n'ont pas tenu ; le mois d'octobre est, pour les pétroliers, le plus faible de tous les mois de guerre, mars compris. Les moyennes annuelles ci-dessous replacent 2026 (18,4 par jour, pétroliers 9,3) face aux sept années précédentes.
| Année | Ormuz, tous | Ormuz, pétroliers | Bab el-Mandeb | Suez | Cap |
|---|---|---|---|---|---|
| 2019 | 69,1 | 42,0 | 53,5 | 52,5 | 48,1 |
| 2020 | 73,6 | 45,0 | 54,5 | 52,8 | 52,8 |
| 2021 | 80,8 | 49,9 | 58,8 | 57,7 | 46,9 |
| 2022 | 93,5 | 57,7 | 67,1 | 67,1 | 43,8 |
| 2023 | 92,3 | 55,5 | 74,0 | 73,7 | 49,1 |
| 2024 | 91,1 | 53,2 | 32,5 | 39,6 | 87,0 |
| 2025 | 85,5 | 48,2 | 33,5 | 38,5 | 89,5 |
| 2026 (au 25 oct.) | 18,4 | 9,3 | 33,2 | 40,9 | 90,4 |
Moyennes annuelles des passages quotidiens.
3. Que compte exactement PortWatch, et pourquoi d'autres sources donnent-elles d'autres chiffres ?
PortWatch compte des passages déduits des signaux AIS, le système d'identification automatique que les navires marchands émettent par radio et que des satellites et des stations côtières captent ; un navire qui coupe son émetteur, le brouille ou émet une position fausse n'est pas compté, et un signal fragmentaire peut être rejeté. La plateforme, portée par le Fonds monétaire international, distingue les pétroliers et chimiquiers des cargos et publie une valeur par jour et par point de passage. Nous reprenons ces valeurs telles quelles ; les moyennes, les totaux et les comparaisons sont des calculs GOS.
D'autres observateurs mesurent autre chose. Le Joint Maritime Information Center (JMIC) publie ses propres relevés de mouvements et d'incidents ; des sociétés d'analyse maritime comme Windward ou Kpler travaillent avec d'autres sources que le seul AIS et raisonnent souvent en volumes de cargaison plutôt qu'en coques ; les communiqués sur les convois facilités par les États-Unis dénombrent des navires escortés. Ces grandeurs ne sont pas comparables entre elles ni avec PortWatch, et il est normal qu'elles divergent : un pétrolier escorté qui a coupé son AIS pour des raisons de sécurité figure dans un bilan de convoi et pas dans la série PortWatch. Nous ne reprenons aucun chiffre de ces sources sur cette page.
Deux conséquences pour la lecture. Premièrement, la série PortWatch est probablement un plancher : elle sous-estime le trafic réel dans la mesure où une partie des navires naviguent sans signal. Deuxièmement, elle reste la seule série publique, quotidienne, homogène depuis 2019 et gratuite, ce qui en fait la bonne base pour comparer octobre 2026 à octobre 2019. C'est dans cet esprit que la carte de situation de Global Oil Shock classe le détroit comme « fortement restreint, pas fermé » : la série montre des passages quasi nuls, mais pas nuls, 14 jours seulement sur 240 étant à zéro. Ce que signifierait une réouverture pour les prix est examiné sur réouverture d'Ormuz : quel effet sur les prix des carburants.
4. Comment Ormuz se compare-t-il à Bab el-Mandeb, à Suez et au Cap ?
En octobre 2026, PortWatch a compté 3,5 passages par jour à Ormuz, 28,1 à Bab el-Mandeb, 43,2 dans le canal de Suez et 86,7 au cap de Bonne-Espérance : le détroit qui portait le plus de pétrole est devenu celui où passent le moins de navires. La comparaison éclaire deux crises superposées. La crise de la mer Rouge, depuis la fin de 2023, a fait tomber Bab el-Mandeb de 74,0 passages par jour en 2023 à 32,5 en 2024 et Suez de 73,7 à 39,6, tandis que le Cap passait de 49,1 à 87,0 : les navires ont contourné l'Afrique. La crise d'Ormuz, depuis février 2026, n'offre pas de détour, le golfe Persique n'ayant pas d'autre sortie maritime.
Quatre points de passage comparés, moyenne quotidienne par mois, janv. 2023 – oct. 2026
Dernière valeur (octobre 2026):
- Ormuz: 3,5
- Bab el-Mandeb: 28,1
- Canal de Suez: 43,2
- Cap de Bonne-Espérance: 86,7
Source : IMF PortWatch (Daily Chokepoints), calcul Global Oil Shock, au 05/11/2026
Le graphique rend cette asymétrie visible. Les trois courbes de la mer Rouge et du Cap se sont déplacées en 2024 puis stabilisées : en 2026, Bab el-Mandeb reste à 33,2 par jour, 55 % sous 2023, Suez à 40,9, le Cap à 90,4, 1,8 fois son niveau de 2023. La courbe d'Ormuz, elle, tombe sans contrepartie ailleurs. Le tableau mensuel, d'octobre 2025 à octobre 2026, détaille les quatre points de passage mois par mois.
| Mois | Ormuz, tous | Ormuz, pétroliers | Bab el-Mandeb | Suez | Cap |
|---|---|---|---|---|---|
| octobre 2026 | 3,5 | 0,6 | 28,1 | 43,2 | 86,7 |
| septembre 2026 | 3,6 | 1,1 | 26,6 | 40,4 | 86,1 |
| août 2026 | 4,7 | 1,9 | 27,4 | 41,0 | 90,3 |
| juillet 2026 | 10,2 | 4,8 | 33,6 | 41,9 | 91,5 |
| juin 2026 | 12,9 | 5,4 | 36,6 | 40,4 | 92,8 |
| mai 2026 | 3,9 | 1,3 | 36,1 | 39,1 | 96,9 |
| avril 2026 | 7,1 | 3,2 | 36,7 | 42,1 | 92,8 |
| mars 2026 | 3,2 | 0,9 | 35,5 | 41,0 | 91,3 |
| février 2026 | 78,3 | 43,5 | 36,8 | 41,4 | 87,0 |
| janvier 2026 | 58,5 | 31,1 | 33,5 | 39,1 | 87,7 |
| décembre 2025 | 55,5 | 30,4 | 32,7 | 40,1 | 84,7 |
| novembre 2025 | 67,4 | 38,4 | 37,8 | 42,9 | 87,2 |
| octobre 2025 | 89,4 | 49,5 | 36,1 | 41,3 | 94,1 |
Moyenne quotidienne des passages par mois (IMF PortWatch, d'après l'AIS). Octobre 2026 jusqu'au 25.
Pour les pays importateurs, la différence est de nature. Un détour par le Cap allonge les trajets et renchérit le fret, mais la cargaison arrive ; un détroit d'Ormuz quasi fermé retire du marché le brut et les produits que les terminaux du Golfe ne peuvent plus charger, sauf par les oléoducs qui contournent le détroit. Ce retrait est l'une des deux lectures de la prime du Brent sur le WTI exposées sur écart Brent-WTI, et l'appel accru aux cargaisons américaines suivi sur exportations de brut des États-Unis.
5. Que signifient ces passages pour la France, la Belgique et le Québec ?
Avec 0,7 pétrolier par jour en moyenne sur trente jours au 25/10/2026, contre 52,3 en 2023-2025, le détroit d'Ormuz ne livre plus qu'une fraction du brut et des produits raffinés qui alimentaient l'Europe et l'Asie ; pour un consommateur français, belge ou québécois, l'effet passe par le prix mondial, pas par une rupture physique directe. Quelle part de son brut et de ses produits chaque pays tirait du Golfe avant la guerre, et donc à quel point il est exposé, se lit sur indice de dépendance à Ormuz, construit à partir des statistiques d'importation ; cette page-ci ne compte que des navires. Ce que les trois marchés ont en commun, c'est le prix : le gazole, le fioul et le kérosène qu'ils achètent se forment sur des cotations qui suivent le Brent, et le Brent incorpore la disparition des cargaisons du Golfe.
Trois pages de ce site prolongent la lecture. Les stocks que les États membres de l'AIE détiennent pour amortir ce type de rupture sont suivis sur réserves stratégiques de pétrole, et plus précisément pour le gazole, le fioul et le kérosène sur stocks de gazole, fioul et kérosène. Les tensions sur le gazole à l'approche de l'hiver, qui touchent directement le fioul domestique, sont analysées sur pénurie de gazole : hiver 2026-2027. Et le prix du jour pour un plein de fioul en France est sur prix du fioul aujourd'hui.
Cette page ne prédit ni la réouverture du détroit ni son calendrier. Elle enregistre, jour après jour, ce que les signaux AIS laissent voir du trafic, et le CSV ci-dessous contient chaque valeur quotidienne pour les quatre points de passage depuis le 01/01/2019. Les jours suivants s'ajouteront au fil des publications de PortWatch.
Télécharger toutes les valeurs en CSV (UTF-8, valeurs brutes et calcul par ligne, adresse stable ; CC BY 4.0 pour le calcul GOS, données brutes selon les conditions de la source)
Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Passages de navires dans le détroit d'Ormuz : données PortWatch quotidiennes depuis 2019 », état au 05/11/2026, https://globaloilshock.com/fr/donnees/passages-detroit-d-ormuz/