1. Quelle part du pétrole importé par la France vient du Golfe ?
Un cinquième environ : 20,1 % des importations françaises de brut, de gazole (fioul domestique compris) et de kérosène venaient en 2025 d'Arabie saoudite, d'Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn ou d'Iran (calcul GOS à partir d'Eurostat). C'est nettement plus que la moyenne des pays de l'UE (13,2 %), et cela tient aux produits raffinés plus qu'au brut :
- Kérosène : 59,8 % venait du Golfe, dont 43,9 % du seul Koweït.
- Gazole et fioul : 33,2 % ; l'Arabie saoudite était le premier fournisseur avec 4 423 milliers de tonnes (27,5 %).
- Brut : seulement 10,1 %, les États-Unis, le Kazakhstan et le Nigeria pesant bien plus.
Chez les voisins francophones, le tableau diffère. La Belgique affichait 4,6 % en 2025 et 1,2 % au 2e trimestre 2026 ; son gazole arrivait à 67,6 % des Pays-Bas. La Suisse ne figure pas dans le jeu de données Eurostat nrg_ti_oilm et n'entre donc pas dans l'indice : selon Avenergy Suisse, son brut venait en 2025 à 49,9 % des États-Unis et à 35,4 % du Nigeria, ses produits finis à 66,3 % d'Allemagne. Au Québec, selon la Régie de l'énergie, l'approvisionnement repose depuis 2019 à 100 % sur du pétrole de l'Ouest canadien et des États-Unis. Pour le détail des fournisseurs de la France, pays par pays : D'où vient le pétrole de la France ?
2. Quels pays de l'UE sont les plus exposés au Golfe ?
En tête, la Lituanie, la Grèce et la Pologne, qui tiraient en 2025 plus d'un tiers de leurs importations du Golfe ; tout en bas, l'Irlande, sans aucune importation directe de la région. Le classement porte sur 19 pays de l'UE, précédés de la somme de toutes les déclarations (UE-27). Troisième colonne : la part venue du Koweït, du Qatar, de Bahreïn et de l'Iran, qui n'ont pas de route de contournement ; quatrième : la période d'avril à juin 2026.
| Pays | Part du Golfe 2025 | dont sans route de contournement | Part du Golfe 2e trim. 2026 | Brut 2025 | Gazole/fioul 2025 | Kérosène 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| UE-27 | 13,2 % | 1,4 % | 7,6 % | 12,4 % | 12,1 % | 29,5 % |
| Lituanie | 45,2 % | 0,0 % | 33,4 % | 46,9 % | 0,0 % | 0,0 % |
| Grèce | 42,5 % | 0,6 % | 22,3 % | 43,6 % | 17,3 % | 52,7 % |
| Pologne | 37,0 % | 0,0 % | 33,4 % | 47,4 % | 0,0 % | 0,0 % |
| France | 20,1 % | 4,8 % | 6,2 % | 10,1 % | 33,2 % | 59,8 % |
| Italie | 16,1 % | 0,5 % | 12,2 % | 12,4 % | 55,8 % | 15,2 % |
| Espagne | 11,7 % | 1,5 % | 5,1 % | 10,7 % | 9,4 % | 45,6 % |
| Autriche | 10,8 % | 0,0 % | 1,2 % | 16,0 % | 0,0 % | 0,0 % |
| Pays-Bas | 10,7 % | 2,5 % | 0,9 % | 9,1 % | 1,8 % | 47,1 % |
| Tchéquie | 7,1 % | 0,0 % | 22,8 % | 10,6 % | 0,0 % | 0,0 % |
| Allemagne | 6,0 % | 0,5 % | 2,8 % | 6,3 % | 7,2 % | 0,0 % |
| Slovaquie | 5,7 % | 0,0 % | 2,9 % | 7,6 % | 0,0 % | 0,0 % |
| Roumanie | 5,1 % | 0,7 % | 15,8 % | 0,5 % | 22,9 % | 0,0 % |
| Danemark | 4,6 % | 2,9 % | 0,0 % | 0,0 % | 0,0 % | 45,7 % |
| Belgique | 4,6 % | 1,0 % | 1,2 % | 3,0 % | 8,9 % | 14,3 % |
| Hongrie | 4,2 % | 0,1 % | 19,0 % | 0,0 % | 10,3 % | 1,2 % |
| Portugal | 2,7 % | 2,7 % | 0,0 % | 0,0 % | 0,0 % | 51,3 % |
| Suède | 1,0 % | 0,8 % | 0,0 % | 0,0 % | 3,5 % | 13,7 % |
| Bulgarie | 0,9 % | 0,5 % | 1,1 % | 0,0 % | 6,0 % | 0,0 % |
| Irlande | 0,0 % | 0,0 % | 0,0 % | 0,0 % | 0,0 % | 0,0 % |
Télécharger l'indice Ormuz GOS en CSV (UTF-8, volumes par pays, produit et période)
Mode de lecture : toutes les parts sont calculées en tonnes, et « 0,0 % » signifie qu'Eurostat n'enregistre aucune livraison directe des sept États. Quelques pays ont fait l'inverse de la tendance en 2026, surtout sur le gazole : en Hongrie, la part du Golfe dans le gazole importé est passée de 10,3 % à 41,4 %, en Roumanie de 22,9 % à 51,9 % ; la Tchéquie a grimpé de 7,1 % à 22,8 % au total. Eurostat n'en donne pas la raison. Sur de petits volumes, une seule cargaison suffit à déplacer fortement le pourcentage, d'où l'intérêt de regarder les tonnes dans le fichier CSV. Les fournisseurs derrière chaque pourcentage figurent sur Importations de pétrole par pays d'origine.
3. Comment calcule-t-on l'indice Ormuz GOS ?
On rapporte les importations venues de sept États du Golfe au total des importations, en milliers de tonnes, en additionnant trois produits : le brut, le gazole (fioul domestique compris) et le kérosène. Appliqué à la France pour 2025, cela donne 13 688,0 milliers de tonnes sur 67 938,0, soit 20,1 % (calcul GOS). Le groupe retenu, Arabie saoudite, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Bahreïn et Iran, correspond au groupe « Persian Gulf » de l'agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Oman en est exclu à dessein, ses ports d'exportation se trouvant hors du détroit.
L'indice se double d'une part « sans contournement », limitée au Koweït, au Qatar, à Bahreïn et à l'Iran : ces quatre pays n'ont aucune route évitant le détroit d'Ormuz. Les trois autres peuvent en dévier une partie, l'Arabie saoudite par le pipeline Est-Ouest vers Yanbu, sur la mer Rouge, les Émirats par un oléoduc vers Fujairah, sur le golfe d'Oman, et l'Irak par ses exportations du nord via Ceyhan, en Turquie. Combien ces routes peuvent-elles transporter ? Les estimations divergent : l'Agence internationale de l'énergie (AIE) compte 3,5 à 5,5 millions de barils par jour disponibles pour exporter du brut par d'autres routes, l'EIA environ 2,6 millions, car elle ne retient que les oléoducs saoudiens et émiriens.
Ce que l'indice ne dit pas. Il suit le pays qui livre, pas l'origine du brut contenu dans un produit : un gazole venu des Pays-Bas, de Belgique ou d'Inde et raffiné à partir de brut du Golfe n'y compte pas. Il mesure donc la seule dépendance directe. Huit pays de l'UE manquent : la Finlande (brut 2025 manifestement incomplet), la Croatie (kérosène absent au 2e trimestre 2026) ainsi que le Luxembourg, l'Estonie, la Lettonie, la Slovénie, Chypre et Malte (non consultés). Les totaux nationaux comprennent les livraisons venues d'autres pays de l'UE, et la ligne UE-27 additionne simplement les déclarations. Données : Eurostat nrg_ti_oilm, mis à jour le 10 septembre 2026, consulté le 23 septembre 2026 ; dernier mois disponible juin 2026, juillet pour la Belgique, l'Autriche et la Tchéquie.
Pour citer une valeur : « Indice Ormuz GOS (Global Oil Shock, calcul à partir d'Eurostat nrg_ti_oilm, état au 23/09/2026) : France 2025, 20,1 %. »
4. Qu'est-ce que le blocage a changé pour le kérosène et le gazole ?
Pour la France, le kérosène du Koweït, pays sans route de contournement, a disparu : 2 730 milliers de tonnes importées en 2025, zéro au 2e trimestre 2026 (Eurostat). La part du Golfe dans son kérosène est tombée de 59,8 % à 12,0 %. Les États-Unis sont devenus le premier fournisseur avec 351 milliers de tonnes (26,1 %), et Oman, volontairement hors de l'indice, a livré 99 milliers de tonnes (7,3 %). Dans l'ensemble des pays de l'UE, la part des fournisseurs sans contournement est passée de 1,4 % à 0,2 % (calcul GOS).
Pour le gazole, même bascule : au 2e trimestre 2026, les États-Unis fournissaient 39,6 % des importations françaises (1 310 milliers de tonnes), l'Arabie saoudite encore 13,9 %. La part du Golfe dans le gazole français est passée de 33,2 % à 14,7 %.
L'Arabie saoudite a continué à livrer ailleurs aussi. La Pologne a reçu 2 535,8 milliers de tonnes de brut saoudien au 2e trimestre 2026, soit 45,3 % de ses importations de brut : cela concorde avec la route de Yanbu, mais Eurostat ne mentionne pas le port de chargement. L'Italie a même accru la part du Golfe dans son gazole, de 55,8 % à 65,7 %.
Et le détroit lui-même ? En mars, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) voyait les flux tombés sous 10 % de leur niveau d'avant-crise (Oil Market Report du 12 mars 2026) ; en septembre, elle chiffrait la perte d'exportations de brut à un peu moins de 45 % (« just below 45% »), grâce à davantage de contournement et à des escortes militaires américaines (Oil Market Report du 11 septembre 2026).
5. Pourquoi les prix montent-ils aussi en Europe, qui achète peu au Golfe ?
Parce que le pétrole se négocie sur un marché mondial : privés de cargaisons du Golfe, les raffineurs asiatiques achètent là où s'approvisionnent aussi les Européens, alors même que l'Europe ne recevait en 2025 qu'environ 600 000 barils par jour, à peine 4 % des exportations passant par Ormuz, contre 80 % pour l'Asie, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Ces 4 % ne contredisent pas les 20,1 % de la France ni les 13,2 % de l'ensemble des pays de l'UE : les chiffres ne répondent pas à la même question. Les 4 % mesurent la part de l'Europe dans ce que le Golfe expédie par Ormuz ; l'indice mesure la part du Golfe dans ce qu'importe un pays. Il compte en outre le pétrole des sept États quel que soit le port de départ, Yanbu, Fujairah ou Ceyhan compris, et il raisonne en tonnes, non en barils.
Côté prix, le Brent a coûté en moyenne 103 dollars le baril en mars 2026, 32 dollars de plus qu'en février (agence américaine EIA, Short-Term Energy Outlook, avril 2026) ; le Dated Brent a fait en moyenne 91,00 dollars en août et 113,48 dollars le 9 septembre (AIE, 11 septembre 2026). Les libérations de stocks ont-elles freiné la hausse ? Réponse sur Les libérations font-elles baisser les prix ?
Le poids de l'Asie, lui, est écrasant : la Chine et l'Inde recevaient à elles seules 44 % des exportations passant par le détroit (AIE), et le Japon tirait 94,0 % de ses importations de brut de 2025 (en volume) du Moyen-Orient, selon l'organisme public japonais du commerce extérieur JETRO. Comment l'Asie a mobilisé ses stocks : Asie : Chine, Japon, Corée, Inde. Et pour voir combien de temps les stocks d'un pays tiendraient selon l'ampleur de la perte, le simulateur Ormuz reprend les valeurs de cet indice comme point de départ.
Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Indice Ormuz GOS : qui dépend du pétrole du Golfe ? », état au 23/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/reserves-strategiques-petrole/indice-dependance-ormuz/