Observatoire des réserves · Droit d'urgence

Quand le pétrole manque : ce que l'État peut imposer et ce qui a servi en 2026

Image symbolique du choc pétrolier et du droit d'urgence en cas de pénurie

L'État peut aller jusqu'au rationnement, mais en 2026 les pays de l'AIE s'en sont surtout tenus à des libérations de stocks : 426 millions de barils confirmés le 19 mars, dont 14,6 millions pour la France selon l'AIE (14,5 selon les sources françaises), qui a surtout prêté des produits. Dans notre classement, la libération n'est que le deuxième de quatre paliers. D'après l'agence Anadolu, la Slovénie a rationné dès le 22 mars ; TIME écrivait au contraire le 5 avril qu'aucun rationnement formel n'avait été instauré en Europe. Voici les textes applicables en France, en Belgique et en Suisse, ce qui a servi en 2026 et ce que cela changerait pour ton foyer.

1. Quels pouvoirs la loi donne-t-elle à l'État en cas de pénurie de pétrole ?

Des pouvoirs gradués, que l'on peut ranger en quatre paliers : agir sur le marché, libérer des stocks, freiner la consommation et, en dernier recours, répartir le carburant. Ce classement est le nôtre ; la base juridique de chaque palier figure dans le tableau. Pour la France et la Belgique, trois obligations découlent de l'article 20 de la directive 2009/119/CE : tenir des plans d'intervention prêts en permanence, pouvoir libérer les stocks rapidement, efficacement et de façon transparente, et pouvoir restreindre la consommation, y compris en servant d'abord certaines catégories d'utilisateurs. Le même article autorise un État à descendre sous son niveau minimal en cas d'urgence particulière ou de crise locale. L'accord de 1974 relatif au programme international de l'énergie, socle de l'AIE, exige en outre que chaque membre puisse réduire sa consommation de 7 % au premier stade d'une crise (art. 5).

PalierCe qui se passeBaseExemple 2026
1. Encadrer le marchérègles de prix, normes assoupliesdroit nationalFrance : vente de gazole d'été prolongée jusqu'au 15 novembre (L'Automobiliste)
2. Libérer des stocksvendre ou prêter des stocks, ou alléger l'obligation des opérateursdirective, art. 20 ; action collective de l'AIE426 millions de barils (AIE, 19/03)
3. Freiner la demandeappels à la sobriété, télétravail, vitesse réduiteaccord AIE, art. 5 (7 %)liste de dix options de l'AIE (20/03)
4. Répartirplafonds d'achat, consommateurs prioritairesdirective, art. 20 ; en Belgique, loi du 21/12/2023Slovénie : 50 L par jour (Anadolu ; contesté)

Le calcul des « 90 jours » de stocks derrière le palier 2 est détaillé dans Comment on compte : la règle des 90 jours.

2. Quels textes s'appliquent en France en cas de pénurie ?

En France, le stockage stratégique repose sur le Code de l'énergie (articles L642-1 à L642-10), la loi 92-1443 du 31 décembre 1992 et le décret 93-131 du 29 janvier 1993 ; selon le cabinet CMS, un arrêté du 17 septembre 2015 permet au directeur de l'énergie d'ordonner un déstockage, par exemple après une décision de l'AIE. Les opérateurs doivent détenir 29,5 % des volumes mis à la consommation l'année précédente, en déléguant une partie au CPSSP, pour qui la SAGESS constitue et garde les stocks. Par zone de défense, il faut au moins 10 jours de consommation d'essence et 15 jours de gazole (ministère de la Transition écologique). Selon le cabinet Carinel, la loi 2026-791 du 16 août 2026, qui actualise la programmation militaire, permet des ordres de stockage au cas par cas pour les opérateurs d'importance vitale, jusqu'à six mois de couverture, sans toucher aux obligations pétrolières.

En 2026, la France a prêté plutôt que vendu : un distributeur s'adresse à la DGEC, qui peut refuser ; sinon la SAGESS livre, et le produit doit être rendu volume pour volume, en principe sous un mois (audition à l'Assemblée nationale, 8 avril). À cette date, les tirages restaient très faibles, et nous n'avons trouvé aucun arrêté abaissant le taux de 29,5 %. Le rationnement local a un précédent : en octobre 2022, un arrêté préfectoral des Hautes-Pyrénées plafonnait le plein à 30 litres par voiture et 200 litres par poids lourd, et interdisait les jerricans (Le Journal Toulousain). Le système en détail : France : SAGESS, CPSSP et prêts de produits.

3. Et en Belgique, en Suisse ou au Québec ?

En Belgique, selon la loi du 21 décembre 2023, c'est le ministre de l'Énergie qui, en cas de crise d'approvisionnement pétrolière, peut décider que les stocks obligatoires sont utilisés temporairement, pour une part qu'il fixe lui-même (art. 19). Il fixe aussi le délai et les modalités de reconstitution. Sur avis du Bureau national du pétrole, il peut restreindre la demande (art. 21), et il arrête le plan d'urgence et la liste des consommateurs prioritaires sur proposition de la DG Énergie du SPF Économie (art. 18). ASEVA (anciennement APETRA) doit détenir au moins deux tiers des stocks obligatoires en pleine propriété (art. 6). Le tableau de l'AIE n'attribue à la Belgique que 0,3 million de barils, « details not yet available », et nous n'avons trouvé aucune source belge sur un déstockage ; en juillet 2026, le pays détenait 109,5 jours selon Eurostat. Détails : Belgique : ASEVA et prix maximum.

La Suisse raisonne autrement. D'après la SRF, qui cite l'OFAE, aucune base légale ne permet une libération volontaire comme celle de l'AIE : les stocks obligatoires ne servent qu'en cas de pénurie grave, avérée ou imminente, et des prix élevés ne sont pas un motif de déstockage, précise l'OFAE. Le délégué à l'approvisionnement économique du pays peut libérer seul jusqu'à 20 % du stock d'un produit ; au-delà, il faut une ordonnance du DEFR. En septembre, après l'arrêt de la raffinerie de Cressier et avec les basses eaux du Rhin, il a autorisé jusqu'à 30 000 m³ de diesel et autant d'essence, du 8 au 20 septembre (OFAE). Le Canada, et donc le Québec, n'a pas d'obligation de stockage en tant qu'exportateur net (AIE) ; sa part de 23,6 millions de barils vient d'une hausse de production.

4. Qui a vraiment rationné le carburant en 2026 ?

En 2026, les États ont surtout libéré des stocks publics ou allégé les obligations des opérateurs, dont les stocks comptent pour 119 des 426 millions de barils de l'action AIE ; le rationnement proprement dit n'est documenté que pour une poignée de pays, et les sources divergent pour l'Europe.

PaysMesure en 2026Source
Espagneobligation abaissable de 92 à 79,7 jours au minimum ; 4 jours libérés d'embléeBOE, 20/03/2026
Japonobligation du secteur privé réduite de 15 jours, sur 70ANRE, 13/04/2026
Slovéniedès le 22 mars, 50 L par jour et par station pour les particuliers, 200 L pour les entreprisesAnadolu, 23/03/2026
Sri Lanka, Birmanie, Indonésiepass carburant à QR code (Sri Lanka) ; circulation selon plaques paires et impaires (Birmanie) ; 50 L par jour pour les véhicules privés (Indonésie)Newsweek, 01/04/2026 (source secondaire)
France, Belgique, Suisseprêts de produits (France), aucune source belge sur un déstockage, prélèvements autorisés (Suisse) ; aucun rationnement trouvévoir plus haut

Sur la suite, les tons diffèrent : le 18 septembre, le président Macron annonçait vouloir réunir le G7 pour examiner une éventuelle nouvelle libération de stocks (World Oil), tandis que, selon Agence Europe (21 septembre), le commissaire européen Tzitzikostas ne voyait pas de problème d'approvisionnement et promettait une réunion extraordinaire des ministres si la situation empirait. Sur le passé aussi, les sources se contredisent : TIME écrivait le 5 avril qu'aucun rationnement formel n'avait été introduit en Europe, contrairement à ce qu'Anadolu rapportait pour la Slovénie. L'AIE, elle, résume que des gouvernements ont recouru à des mesures exceptionnelles de modération de la demande, dont des campagnes d'économies d'énergie, le télétravail et le rationnement de carburant (State of Energy Policy 2026). Qui a donné combien : Libération AIE 2026 : qui a donné quoi.

5. Faut-il s'attendre à des plafonds à la pompe chez toi ?

Pas à ce stade : au 23 septembre 2026, nous n'avons trouvé aucun plafond d'achat en vigueur en France, en Belgique ou en Suisse, même si la tension se voit déjà dans les stations. Selon L'EnerGeek (21 septembre), 17 % des quelque 9 900 stations manquaient d'au moins un carburant, et 91 % d'entre elles appartenaient au réseau TotalEnergies ; le ministre Lescure assurait que les réserves stratégiques étaient pleines, avec six à huit semaines de visibilité. S'il fallait un jour rationner, la directive européenne prévoit une priorité pour certaines catégories d'utilisateurs, et en Belgique le ministre arrête une liste de consommateurs prioritaires.

Avant tout plafond viennent les appels à économiser. Dans « Sheltering From Oil Shocks », publié le 20 mars 2026, l'AIE propose dix options aux ménages, aux entreprises et aux États, parmi lesquelles télétravailler quand c'est possible, réduire d'au moins 10 km/h la vitesse sur autoroute, prendre les transports en commun, covoiturer, conduire de façon économe et éviter l'avion quand une autre solution existe. La page de présentation ne chiffre pas les gains et ne dit rien du chauffage ; pour son plan en dix points de 2022, l'AIE tablait sur 2,7 millions de barils économisés par jour en quatre mois. Ce qu'il est raisonnable de garder chez soi : Réserve d'énergie à la maison : ce qui a du sens ; qui peut ordonner quoi : Rationnement carburant : qui peut l'ordonner ?.

Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Pénurie de pétrole : droit d'urgence, rationnement », état au 23/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/reserves-strategiques-petrole/penurie-rationnement-droit/

6. Questions fréquentes sur le droit d'urgence et le rationnement

L'État peut-il rationner l'essence en France ?
La directive européenne impose à la France de pouvoir restreindre la consommation, y compris en servant d'abord certaines catégories d'utilisateurs. Localement, un préfet l'a déjà fait : en octobre 2022, les Hautes-Pyrénées limitaient le plein à 30 litres par voiture. En 2026, nous n'avons trouvé aucune mesure de rationnement en France.
Qui décide de libérer les stocks stratégiques en France ?
Le directeur de l'énergie (DGEC), en vertu d'un arrêté du 17 septembre 2015, selon le cabinet CMS, par exemple après une décision de l'AIE. En 2026, les demandes de prêt de produits passaient par la DGEC, puis la SAGESS les exécutait.
La France a-t-elle vendu ses stocks en 2026 ?
Non. Elle a prêté des produits, à rendre volume pour volume, en principe sous un mois, et les tirages étaient très faibles au 8 avril selon l'audition à l'Assemblée nationale. Nous n'avons trouvé aucun arrêté abaissant le taux d'obligation de 29,5 %.
Y a-t-il eu un rationnement en Europe en 2026 ?
Oui selon l'agence Anadolu, non selon TIME. D'après Anadolu, la Slovénie limitait dès le 22 mars 2026 les achats à 50 litres par jour et par station pour les particuliers et à 200 litres pour les entreprises ; TIME affirmait le 5 avril qu'aucun rationnement formel n'avait été introduit en Europe. Nous citons les deux versions.
Pourquoi la Suisse n'a-t-elle pas participé à l'action de l'AIE ?
Selon la SRF, qui cite l'OFAE, aucune base légale ne permet une libération volontaire de ce type. La Suisse a tout de même autorisé des prélèvements sur ses stocks obligatoires du 8 au 20 septembre 2026, jusqu'à 30 000 m³ de diesel et autant d'essence, après l'arrêt de la raffinerie de Cressier.
Quelle différence entre libérer des stocks et rationner ?
Libérer, c'est ajouter du pétrole ; rationner, c'est plafonner ce que chacun achète. Une libération puise dans les réserves publiques ou autorise les opérateurs à garder moins de stocks obligatoires ; un rationnement fixe une quantité maximale par acheteur. Dans notre classement, la libération est le deuxième palier, la répartition le quatrième et dernier.

Et chez toi ?

Les réserves de l'État sont une chose, ta cuve et ton budget carburant en sont une autre. Passe ta consommation dans le calculateur pour voir ce que le prix du pétrole signifie pour ton foyer.

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