1. À quels pays la France, la Belgique et leurs voisins achètent-ils leur pétrole ?
Dans six des huit pays, le premier fournisseur de brut pesait en 2025 entre 15,2 % (les États-Unis pour l'Espagne) et 25,0 % (la Libye pour l'Italie) ; seules l'Autriche, liée au Kazakhstan (57,2 %), et la Pologne, liée à l'Arabie saoudite (47,4 %), sont nettement plus concentrées (Eurostat, calcul GOS).
Par « Golfe », on entend les sept États que l'agence américaine EIA classe dans le groupe « Persian Gulf » ; Oman, dont les terminaux se trouvent hors du détroit d'Ormuz, n'en fait pas partie.
| Pays | 1er fournisseur de brut 2025 | 2e fournisseur de brut 2025 | Part du Golfe dans le brut 2025 | 1er fournisseur de gazole et fioul 2025 | Part du Golfe au 2e trimestre 2026 (trois produits) |
|---|---|---|---|---|---|
| France | États-Unis (22,1 %) | Kazakhstan (14,9 %) | 10,1 % | Arabie saoudite (27,5 %) | 6,2 % |
| Belgique | Norvège (23,0 %) | Kazakhstan (16,6 %) | 3,0 % | Pays-Bas (67,6 %) | 1,2 % |
| Allemagne | Norvège (17,2 %) | Libye (14,8 %) | 6,3 % | Pays-Bas (47,2 %) | 2,8 % |
| Espagne | États-Unis (15,2 %) | Brésil (13,6 %) | 10,7 % | Italie (19,3 %) | 5,1 % |
| Italie | Libye (25,0 %) | Azerbaïdjan (17,4 %) | 12,4 % | Arabie saoudite (47,0 %) | 12,2 % |
| Pays-Bas | États-Unis (21,9 %) | Norvège (18,4 %) | 9,1 % | Belgique (47,7 %) | 0,9 % |
| Autriche | Kazakhstan (57,2 %) | Libye (14,3 %) | 16,0 % | Allemagne (69,2 %) | 1,2 % |
| Pologne | Arabie saoudite (47,4 %) | Norvège (33,1 %) | 47,4 % | Allemagne (35,2 %) | 33,4 % |
| UE-27 (somme des déclarations) | Norvège (13,9 %) | États-Unis (13,2 %) | 12,4 % | Pays-Bas (17,1 %) | 7,6 % |
Source : Eurostat nrg_ti_oilm (mis à jour le 10/09/2026), volumes en milliers de tonnes ; 2025 = janvier à décembre, 2e trimestre 2026 = avril à juin. Parts : calcul GOS. États du Golfe : Arabie saoudite, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Bahreïn, Iran. La dernière colonne additionne brut, gazole/fioul et kérosène en masse.
Télécharger l'indice Ormuz GOS en CSV (UTF-8, volumes par pays, produit et période)
La part du Golfe de 19 pays de l'UE figure dans l'indice Ormuz GOS, leurs jours de stocks d'urgence dans l'Observatoire des réserves pétrolières.
2. Existe-t-il des blocs de fournisseurs en Europe ?
Oui : en 2025, l'Allemagne, la Belgique et l'Autriche achetaient d'abord en Norvège ou au Kazakhstan, la France, les Pays-Bas et l'Espagne aux États-Unis, l'Italie en Libye et la Pologne en Arabie saoudite (Eurostat, calcul GOS).
Côté mer du Nord et Caspienne, la Norvège fournissait 17,2 % du brut allemand et 23,0 % du brut belge, le Kazakhstan 13,7 % et 16,6 %, et même 57,2 % en Autriche. Le brut américain dominait en France (22,1 %), aux Pays-Bas (21,9 %) et en Espagne (15,2 %). L'Italie misait sur la Libye (25,0 %) et l'Azerbaïdjan (17,4 %), la Pologne sur l'Arabie saoudite (47,4 %). L'Espagne, enfin, se distinguait par l'Amérique latine : Brésil 13,6 %, Mexique 12,3 %.
La France ne dépend pas d'un seul bloc : outre les États-Unis et le Kazakhstan, elle achète au Nigeria (12,0 %), en Norvège (9,6 %) et en Algérie (9,3 %). Le détail pour l'Hexagone est sur la page D'où vient le pétrole de la France ?, et le système belge de stocks, avec son agence ASEVA (anciennement APETRA), sur Belgique : ASEVA et prix maximum. La Suisse, absente des statistiques d'Eurostat, importe environ un tiers de ses besoins sous forme de brut, raffiné à Cressier (NE), seule raffinerie du pays (OFAE). Ce brut venait en 2025 à 49,9 % des États-Unis et à 35,4 % du Nigeria, selon l'association Avenergy Suisse.
3. D'où viennent le gazole, le fioul et le kérosène importés ?
La France achète son gazole importé bien plus directement dans le Golfe que l'Allemagne ou la Belgique : en 2025, 27,5 % venaient d'Arabie saoudite et 33,2 % des États du Golfe au total, contre 7,2 % pour l'Allemagne et 8,9 % pour la Belgique.
Plus au nord, le gazole circule surtout entre voisins. La Belgique a tiré 67,6 % de ses importations de gazole des Pays-Bas, et les Pays-Bas 47,7 % des leurs de Belgique ; l'Allemagne achète dans ces deux pays 71,2 % de son gazole importé. En Suisse, selon Avenergy Suisse, les produits finis importés venaient en 2025 à 66,3 % d'Allemagne et à 14,2 % de France.
C'est dans le kérosène que la France est la plus exposée : 59,8 % de ses importations venaient du Golfe en 2025, dont 43,9 % du seul Koweït. À l'échelle des pays de l'UE (somme des déclarations), le Golfe pesait 29,5 % du kérosène importé, contre 12,4 % dans le brut ; le Koweït (19,5 %) n'était devancé que par les Pays-Bas (24,7 %), devant l'Inde (9,1 %). L'état des stocks de ces produits est détaillé sur Gazole, fioul, kérosène : stocks de produits.
4. Qu'est-ce qui a changé en 2026 dans l'origine du pétrole ?
En France, la part du Golfe est tombée de 20,1 % en 2025 à 6,2 % au 2e trimestre 2026 ; pour l'ensemble des pays de l'UE (somme des déclarations), elle a reculé de 13,2 % à 7,6 %, pendant que les États-Unis passaient de 13,2 % à 17,4 % du brut (Eurostat, calcul GOS). L'Europe n'était de toute façon qu'un petit client du détroit : selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), elle recevait en 2025 environ 600 000 barils par jour passés par Ormuz, soit 4 % des exportations du détroit.
- France : les États-Unis ont fourni 39,6 % du gazole importé (2025 : 16,4 %). Le kérosène du Koweït, 2 730 milliers de tonnes en 2025, n'est plus arrivé au 2e trimestre ; les États-Unis sont devenus le premier fournisseur, avec 26,1 %.
- À contre-courant : la Pologne a encore tiré 45,3 % de son brut d'Arabie saoudite (2 535,8 milliers de tonnes), et le gazole importé par l'Italie venait à 65,7 % du Golfe.
Les livraisons saoudiennes à la Pologne sont compatibles avec un contournement d'Ormuz : le pipeline Est-Ouest mène jusqu'au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Eurostat ne publie pas le port de chargement : c'est un indice, pas une preuve. Pour le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l'Iran, aucune route de ce type n'existe. Selon l'AIE (rapport du 11/09/2026), les pertes de brut sont revenues juste sous 45 %, grâce aux volumes qui contournent le détroit et aux escortes militaires américaines. Le simulateur Ormuz permet de tester une fermeture plus longue.
5. Que faut-il savoir avant d'utiliser ces chiffres, et que montrent les données américaines et britanniques ?
Ces chiffres mesurent une dépendance directe, pas l'origine du brut : un gazole néerlandais, belge ou indien peut avoir été raffiné avec du brut du Golfe, Eurostat le classe quand même selon le pays qui l'expédie. Trois autres précautions de lecture s'imposent.
- Les échanges internes à l'UE sont inclus. Additionnées, les déclarations des pays de l'UE font des Pays-Bas (17,1 %), de la Belgique (11,5 %) et de l'Allemagne (10,6 %) les premiers « fournisseurs » de gazole en 2025. Ces volumes gonflent le total, si bien que la part du Golfe paraît plus faible qu'elle ne le serait sur les seules importations venant de l'extérieur de l'UE.
- Il manque des données. Pas de valeur espagnole pour le brut en mars 2026 (le 2e trimestre, lui, est complet) ; la Finlande n'a déclaré que 1 456 milliers de tonnes de brut pour 2025, un chiffre manifestement incomplet, et n'entre donc pas dans l'indice Ormuz GOS.
- Tonnes contre barils. Eurostat compte en masse, l'EIA en barils : on peut comparer des parts, pas des volumes.
Hors de l'UE : le Royaume-Uni ressemble à la France sur un point, le kérosène, dont 35 % venaient du Koweït en 2025 ; pour le brut, les États-Unis y étaient le premier fournisseur, devant la Norvège (27 %) (statistiques DUKES). Les États-Unis eux-mêmes dépendent peu du Golfe : 7,9 % de leurs importations de brut en 2025 et 1,9 % en juin 2026, contre 63,4 % pour le Canada en 2025 (EIA, calcul GOS).
Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Importations de pétrole par pays : 8 pays comparés », état au 23/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/reserves-strategiques-petrole/importations-petrole-par-pays/