Observatoire des réserves · Action collective AIE 2026

Stocks stratégiques libérés en 2026 : ce que chaque pays de l'AIE a promis, livré et garde en réserve

Illustration du mécanisme de libération des stocks stratégiques de l'Agence internationale de l'énergie

Les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) ont promis 426 millions de barils en mars 2026, après avoir décidé le 11 mars d'en mettre 400 millions à disposition ; au 21 juillet, environ 290 millions de barils avaient réellement été libérés, selon le directeur exécutif de l'AIE. La France y figure pour 14,6 millions de barils selon l'AIE, 14,5 millions selon la SAGESS, qui les met à disposition sous forme de prêts de produits. Tu trouveras ici la part de chaque pays, ce qui est arrivé sur le marché, la façon dont la France a procédé et l'état du débat sur une deuxième libération, relancé par Emmanuel Macron.

1. Combien de pétrole l'AIE a-t-elle libéré en 2026 ?

Le 11 mars 2026, les pays membres de l'AIE ont décidé de mettre 400 millions de barils à disposition du marché ; le 19 mars, l'agence a confirmé des engagements de 426 millions de barils, de loin l'action collective la plus importante de son histoire selon elle. La décision est tombée onze jours après le début de la guerre, le 28 février, et neuf jours après la fermeture du détroit d'Ormuz par les Gardiens de la révolution, le 2 mars. Dans une première mise à jour, le 15 mars, l'AIE détaillait les volumes par région : 195,8 millions de barils pour les Amériques, 108,6 pour l'Asie-Océanie et 107,5 pour l'Europe, à 72 % du brut. Additionnés, ces chiffres régionaux donnent 411,9 millions de barils (calcul GOS), soit déjà plus que les 400 millions décidés. Les pays d'Asie-Océanie devaient débloquer leurs stocks immédiatement, ceux des Amériques et d'Europe à partir de fin mars.

La liste confirmée du 19 mars se décompose en 280 millions de barils de stocks publics, 119 millions de stocks obligatoires de l'industrie et 28 millions de hausse de production au Canada et au Mexique ; par nature, 301 millions de brut et 125 millions de produits. En Europe, précise l'AIE, les contributions prennent surtout la forme de produits raffinés. L'agence prévient que cette répartition n'est pas définitive ; additionnées, les lignes par pays donnent 426,2 millions de barils (calcul GOS). Le fonctionnement de ces opérations est détaillé dans notre lexique : mécanisme de libération de l'AIE.

PaysContribution (Mb)Forme selon l'AIE
États-Unis172,2public, brut (sous forme d'échanges)
Japon79,854,0 public + 25,8 industrie
Canada23,6hausse de production
Corée du Sud22,5–
Allemagne19,5public (EBV)
France14,6–
Royaume-Uni14,0industrie : 4,3 brut + 9,7 produits
Turquie11,7–
Espagne11,6industrie, produits uniquement
Italie10,0–
Pologne7,5–
Hongrie6,1–
Pays-Bas5,4–
Australie4,8–
Mexique3,9hausse de production
Autriche2,4public, brut
Tchéquie2,2–
Suède2,1–
Grèce2,0–
Portugal2,0–
Finlande1,8–
Irlande1,7–
Nouvelle-Zélande1,6–
Danemark1,2–
Lituanie0,6–
Norvège0,4–
Belgique0,3–
Estonie0,3–
Lettonie0,3–
Luxembourg0,1–
Total (30 pays)426280 public, 119 industrie, 28 hausse de production ; 301 brut, 125 produits

2. Quelle quantité est vraiment arrivée sur le marché ?

Au 21 juillet 2026, environ 290 millions de barils avaient été libérés selon le directeur exécutif de l'AIE, et d'autres volumes continuaient d'arriver : cela fait environ 68 % des 426 millions promis (calcul GOS). Nous n'avons pas trouvé de bilan pays par pays publié par l'AIE. Son rapport du 11 septembre montre toutefois que les prélèvements se poursuivaient : les stocks publics ont encore baissé de 19 millions de barils en août. Les pays européens avaient puisé 63 millions de barils dans leurs réserves d'urgence jusqu'en juillet, selon S&P Global.

Les États-Unis portent le plus gros volume, 172,2 millions de barils, mais ne vendent rien : le département de l'Énergie (DOE) prête du brut de sa réserve stratégique (SPR) à des compagnies qui le rendront plus tard avec des barils supplémentaires, et tablait le 11 mars sur environ 120 jours de livraisons. La SPR est passée de 415,4 millions de barils fin février à 285,0 millions la semaine close le 11 septembre, soit 130,5 millions de moins (EIA ; écart : calcul GOS). Le Japon arrive deuxième avec 79,8 millions de barils, devant le Canada, qui apporte ses 23,6 millions par une hausse de production. Le détail américain figure sur notre page États-Unis : niveau de la SPR.

3. Comment la France a-t-elle mobilisé ses stocks stratégiques ?

La France s'est engagée pour 14,6 millions de barils selon l'AIE, 14,5 millions selon la SAGESS, mais elle ne vend pas ses stocks : elle les prête, et au 8 avril 2026 les prélèvements restaient marginaux. Le dispositif a été décrit ce jour-là devant l'Assemblée nationale par la SAGESS, qui détenait en 2025 pour le compte du CPSSP 78 % des stocks stratégiques français. Un distributeur adresse sa demande à la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) ; si elle l'accepte, la DGEC envoie une injonction à la SAGESS, qui livre. Le prêt est rendu « volume pour volume » dans un délai d'un mois, prolongeable. Nous n'avons trouvé aucun arrêté abaissant en 2026 l'obligation de stockage des opérateurs. Selon Eurostat, les stocks d'urgence français sont passés de 94,5 jours en mars à 87,9 jours en juin.

Le 18 mars, d'après Investing.com, le ministre des Finances Roland Lescure jugeait qu'il n'était pas encore temps de libérer davantage de pétrole : pour lui, seule la réouverture du détroit d'Ormuz pouvait débloquer le marché. Chez le voisin suisse, aucune participation : faute de base légale pour une libération volontaire, la Suisse ne figure pas dans le tableau de l'AIE (SRF, 12 mars). Tout le dispositif français est expliqué sur France : SAGESS, CPSSP et prêts de produits.

4. 2026 face à 1991, 2005, 2011 et 2022 : quelle ampleur ?

Sixième action collective de l'AIE, celle de 2026 pèse 426 millions de barils, plus du double des deux actions de 2022 réunies, que l'AIE chiffre à 182,7 millions de barils (rapport : calcul GOS). Le tableau montre ce que l'AIE a décidé à chaque fois et ce que les États-Unis ont apporté.

ÉvénementDécisionAction de l'AIEPart américaine et résultat
Guerre du Golfe17/01/1991plan de 2,5 Mb/j, dont 2,0 tirés des stocks33,75 Mb autorisés, offres retenues pour 17,3 Mb seulement
Ouragan Katrina02/09/200560 Mb, 2 Mb/j pendant 30 jours30 Mb proposés, 11,0 Mb vendus ; en plus, prêts d'urgence de 9,8 Mb selon le CRS R42460, environ 13,2 Mb selon le CRS RS22233
Libye201160 Mb : 38 publics, 22 industrie30 Mb proposés, 30,6 Mb vendus
Guerre en Ukraine, 1re action01/03/202262,7 Mb30 Mb
Guerre en Ukraine, 2e action01/04/2022120 Mb (environ 88 de brut, 32 de produits)60 Mb, dans le programme américain de 180 Mb
Guerre d'Iran, Ormuz11/03/2026400 Mb décidés, 426 Mb promis172,2 Mb sous forme d'échanges

Mb = millions de barils, Mb/j = millions de barils par jour. Sources : UPI (17/01/1991), CRS R42460 (01/05/2017) et RS22233 (03/10/2005), World Oil (16/09/2011), AIE (01/04/2022, 14/04/2022, 19/03/2026).

Deux constantes ressortent. D'abord, les ventes américaines sont restées deux fois nettement en deçà de l'offre : en 1991, seules des offres portant sur 17,3 des 33,75 millions de barils ont été retenues, et en 2005, 11,0 millions de barils ont été vendus sur 30 millions, alors qu'en 2011, 30,6 millions l'ont été pour 30 millions proposés. Ensuite, une grande partie des volumes ne sort pas des stocks publics mais des stocks obligatoires de l'industrie : 22 millions de barils sur 60 en 2011, 119 millions sur 426 en 2026. Le volume total livré par les pays de l'AIE en 1991 n'est pas documenté ; le plan était alors fixé en barils par jour. Si ces libérations ont fait baisser les prix, c'est la question de notre analyse Les libérations font-elles baisser les prix ?

5. Y aura-t-il une deuxième libération de stocks ?

Rien n'est décidé : selon World Oil, Emmanuel Macron a annoncé le 18 septembre 2026 qu'il convoquerait une réunion du G7 pour examiner les options d'une éventuelle nouvelle libération de stocks stratégiques, sans avancer de volume ni de calendrier. Les arguments pour une deuxième vague tiennent à l'état du marché décrit par l'AIE le 11 septembre : plus de 10 millions de barils par jour de production du Golfe toujours à l'arrêt, des stocks observés en baisse de 507 millions de barils depuis février et une capacité de production disponible réduite dans les faits à 0,22 million de barils par jour. Partiellement rouvert du 18 juin au 5 juillet, le détroit d'Ormuz a été refermé le 11 juillet. Les réserves existent : en juillet, l'AIE indiquait que ses membres disposaient encore de plus d'un milliard de barils de stocks sous contrôle public.

Côté français, le message se veut rassurant. Sur France Inter, rapporte L'EnerGeek le 21 septembre, Roland Lescure a assuré que les réserves stratégiques étaient pleines, avec six à huit semaines de visibilité sur l'approvisionnement ; le même article relève que 17 % des quelque 9 900 stations manquaient d'au moins un carburant. Aux États-Unis, le DOE a promis le 11 mars de reconstituer sa réserve avec environ 200 millions de barils dans l'année suivante ; la SPR n'en compte plus que 285,0 millions (EIA). Le nombre de jours de stocks par pays est sur la vue d'ensemble de l'Observatoire.

Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Libération des stocks AIE 2026 : qui a donné quoi », état au 23/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/reserves-strategiques-petrole/liberation-aie-2026/

6. Questions fréquentes sur la libération AIE 2026

Combien de pétrole l'AIE a-t-elle libéré en 2026 ?
Les membres ont décidé 400 millions de barils le 11 mars 2026 et en ont promis 426 millions au 19 mars. Environ 290 millions de barils avaient été réellement libérés au 21 juillet, selon le directeur exécutif de l'AIE.
Combien la France a-t-elle libéré ?
14,6 millions de barils selon l'AIE, 14,5 millions selon la SAGESS, sous forme de prêts de produits rendus volume pour volume ; au 8 avril 2026, les prélèvements restaient marginaux. Nous n'avons pas trouvé de bilan plus récent.
Quels pays ont le plus contribué ?
Les États-Unis (172,2 millions de barils), le Japon (79,8), le Canada (23,6), la Corée du Sud (22,5) et l'Allemagne (19,5). La France arrive en sixième position avec 14,6 millions (AIE, 19 mars 2026).
Les stocks stratégiques français sont-ils vides ?
Non, selon le gouvernement : sur France Inter, le ministre des Finances Roland Lescure les a dits pleins (L'EnerGeek, 21 septembre 2026). Eurostat mesurait 87,9 jours de stocks d'urgence en juin, contre 94,5 jours en mars.
Pourquoi la Suisse ne participe-t-elle pas ?
Selon la SRF, aucune base légale ne lui permet une libération volontaire du type AIE : ses stocks obligatoires ne peuvent être débloqués qu'en cas de pénurie grave, avérée ou imminente. La Suisse ne s'est pas pour autant opposée à la décision de l'AIE.
Y aura-t-il une deuxième libération ?
Rien n'est décidé. Emmanuel Macron a convoqué le 18 septembre 2026 une réunion du G7 pour l'examiner (World Oil) ; en juillet, l'AIE comptait encore plus d'un milliard de barils de stocks sous contrôle public chez ses membres.

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