1. Combien de temps la France tiendrait-elle si Ormuz restait fermé ?
En théorie 437 jours, jusqu'au 4 décembre 2027, si les sept États du Golfe cessaient de livrer la France sans être remplacés : c'est moins que l'Allemagne (1 528 jours), mais bien plus que la Grèce (240 jours), car tout dépend de la part qu'un pays achète directement au Golfe, 20,1 % pour la France (calcul GOS, départ au 23 septembre 2026). Voici les exemples déjà calculés ; le simulateur donne exactement les mêmes résultats tant que tu ne modifies pas le champ des stocks.
| Pays | Stocks en jours (Eurostat) | Scénario | Perte nette | Autonomie | En théorie jusqu'au |
|---|---|---|---|---|---|
| Grèce | 101,841 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 42,5 % | 240 jours | 21/05/2027 |
| Pologne | 91,557 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 37,0 % | 247 jours | 28/05/2027 |
| France | 87,873 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 20,1 % | 437 jours | 04/12/2027 |
| Italie | 89,710 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 16,1 % | 557 jours | 02/04/2028 |
| Autriche | 88,434 (juillet 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 10,8 % | 819 jours | 20/12/2028 |
| Espagne | 97,062 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 11,7 % | 830 jours | 31/12/2028 |
| Allemagne | 91,688 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 6,0 % | 1 528 jours | environ 4,2 ans |
| Belgique | 109,511 (juillet 2026) | arrêt des sept États du Golfe, sans remplacement | 4,6 % | 2 381 jours | environ 6,5 ans |
| France | 87,873 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, 50 % remplacés | 10,05 % | 874 jours | 13/02/2029 |
| Allemagne | 91,688 (juin 2026) | arrêt des sept États du Golfe, 50 % remplacés | 3,0 % | 3 056 jours | environ 8,4 ans |
| Allemagne | 91,688 (juin 2026) | arrêt de toutes les importations | 100,0 % | 92 jours | 24/12/2026 |
| Allemagne | 91,688 (juin 2026) | arrêt de toutes les importations, 50 % remplacés | 50,0 % | 183 jours | 25/03/2027 |
Calcul GOS, même méthode et mêmes données que le simulateur, départ au 23/09/2026 ; la date correspond au départ plus le nombre de jours arrondi. Stocks : Eurostat nrg_stk_oem, dernier mois ; part du Golfe 2025 : indice Ormuz GOS (Eurostat nrg_ti_oilm, calcul GOS). Au-delà de 1 095 jours (trois ans), le simulateur affiche des années au lieu d'une date.
Si la France se classe haut, c'est à cause de son gazole et de son kérosène, largement achetés au Golfe ; ce qu'elle en garde en stock figure sur la page stocks de gazole, fioul et kérosène. Deux variantes du calcul : si la moitié des volumes du Golfe était remplacée par d'autres fournisseurs, l'autonomie doublerait, à 874 jours, jusqu'au 13 février 2029 ; si seuls les fournisseurs sans route de contournement s'arrêtaient (Koweït, Qatar, Bahreïn, Iran), soit 4,8 % des importations, elle atteindrait 1 831 jours. La Belgique, dont l'agence de stockage s'appelle ASEVA (anciennement APETRA), détenait 109,511 jours en juillet 2026 et n'achetait que 4,6 % au Golfe : le simulateur y affiche 2 381 jours, soit environ 6,5 ans. La Suisse n'y figure pas, car elle est absente des données d'importation d'Eurostat et compte ses stocks obligatoires en mois de consommation ; le Québec non plus, puisque le Canada, exportateur net, n'a pas d'obligation de stockage auprès de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Les jours de chaque pays sont suivis dans l'Observatoire des réserves pétrolières.
2. Comment utiliser le simulateur Ormuz ?
Trois réglages suffisent : le pays, le scénario et, si tu le souhaites, la part remplacée par d'autres fournisseurs et la baisse de la demande ; le simulateur affiche alors l'autonomie en jours, et une date tant qu'elle reste sous trois ans environ. Il s'ouvre sur la France, dans l'hypothèse où les sept États du Golfe s'arrêtent.
Le menu propose quatre hypothèses toutes faites et une valeur libre. L'arrêt des sept États du Golfe sert de limite haute pour une fermeture d'Ormuz ; une variante ne coupe que les fournisseurs privés de route de contournement, le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l'Iran. Tu peux aussi reprendre la part du Golfe observée au 2e trimestre 2026 pour le pays choisi, ou tester le cas extrême où toutes les importations s'arrêtent. Si aucune ne te convient, saisis ta propre part.
Pour la France, le champ des stocks affiche 87,9 jours, arrondi à une décimale ; le calcul utilise la valeur exacte d'Eurostat, 87,873, tant que tu n'y touches pas, et ta valeur si tu la changes. Sous le résultat, le simulateur rappelle le cas sans aucune importation, les valeurs de l'indice Ormuz GOS du pays et les limites du calcul. Les dates partent du jour où tu l'utilises ; sur cette page, elles partent du 23 septembre 2026. Quinze pays de l'UE sont proposés, et rien de ce que tu saisis n'est enregistré ni transmis.
3. Quelle formule le simulateur applique-t-il ?
Le calcul se fait en deux temps : d'abord la perte nette, égale à la part perdue × (1 − part remplacée) − la baisse de la demande, puis l'autonomie, qui correspond aux jours de stocks divisés par cette perte nette. Exemple français, sans remplacement ni baisse de la demande : la perte nette est de 20,1 % × (1 − 0) − 0 = 20,1 %, et 87,873 ÷ 0,201 ≈ 437 jours, soit, en partant du 23 septembre 2026, jusqu'au 4 décembre 2027. Remplacer la moitié des volumes du Golfe divise la perte nette par deux et double l'autonomie : 874 jours, jusqu'au 13 février 2029.
D'où viennent les deux données de départ ? La part perdue est tirée de l'indice Ormuz GOS, calculé à partir des échanges enregistrés par Eurostat (nrg_ti_oilm) : c'est le poids, dans les importations de 2025 de brut, de gazole et fioul et de kérosène, de l'Arabie saoudite, de l'Irak, des Émirats arabes unis, du Koweït, du Qatar, de Bahreïn et de l'Iran. Seuls les trois premiers disposent d'oléoducs pour contourner en partie Ormuz. Les jours de stocks proviennent de la série nrg_stk_oem d'Eurostat, mise à jour le 10 septembre 2026, qui applique la directive européenne 2009/119/CE : au moins 90 jours d'importations nettes moyennes ou 61 jours de consommation intérieure de l'année précédente, le plus élevé des deux. Le détail du décompte est sur la page règle des 90 jours.
La baisse de la demande se retranche en points de pourcentage des importations. Repère utile, même s'il porte sur une autre base : l'accord relatif à un programme international de l'énergie (PIE), traité fondateur de l'AIE, impose aux membres de pouvoir réduire leur consommation finale de 7 % dans un premier temps.
4. Pourquoi ces durées rassurent-elles plus que la situation ?
Parce qu'un simulateur de volumes ne voit ni les prix ni les produits, alors qu'une fermeture d'Ormuz frappe l'Europe d'abord par les prix : selon l'AIE, 80 % des exportations passant par le détroit allaient vers l'Asie avant la crise, et seulement environ 600 000 barils par jour, soit 4 %, vers l'Europe (février 2026).
Le marché, d'abord. En 2025, près de 15 millions de barils de brut par jour ont franchi le détroit, près de 34 % du commerce mondial de brut. Privés de ces cargaisons, les acheteurs chinois, indiens, japonais et coréens se tournent vers les mêmes fournisseurs que l'Europe, et les prix montent pour tous. En septembre, l'AIE chiffrait encore la perte d'exportations de brut à un peu moins de 45 %, limitée par les contournements et les escortes militaires américaines.
Les produits, ensuite. Pour la France, la dépendance se concentre sur le kérosène, importé à 59,8 % du Golfe en 2025, dont 43,9 % du seul Koweït, qui n'a aucune route de contournement, et sur le gazole (33,2 %). Et Eurostat ne connaît que le pays expéditeur : un gazole raffiné aux Pays-Bas avec du brut du Golfe y apparaît comme néerlandais.
Le partage de l'effort, enfin. Pour l'action collective de 2026, 30 membres de l'AIE ont promis 426 millions de barils, dont 14,6 millions pour la France selon l'AIE (19 mars 2026 ; 14,5 millions selon GED Énergies). Pour les États-Unis, le département de l'Énergie (DOE) indique que leur part dans ces actions suit leur part de la consommation de pétrole de l'ensemble des pays de l'AIE, 42,3 % en décembre 2022 : le critère est la consommation, pas la dépendance au Golfe. Les stocks baissent donc aussi là où peu d'importations manquent. Reste la logistique : délais de livraison et niveaux minimaux dans les cuves et les oléoducs ne sont pas modélisés. Le décompte en couvre une partie, puisque la directive retire 10 % des stocks jugés indisponibles (l'AIE aussi) et que les jours d'Eurostat suivent la directive.
5. Qu'a-t-on observé en 2026 ?
Ni arrêt total ni statu quo : les importations ont continué, la part du Golfe dans celles des pays de l'UE est tombée de 13,2 % en 2025 à 7,6 % au 2e trimestre 2026, et les stocks d'urgence ont malgré tout été entamés (Eurostat, calcul GOS). En France, le relais est venu surtout des États-Unis, qui ont fourni au 2e trimestre 26,1 % du kérosène et 39,6 % du gazole importés. Le Koweït, lui, n'a plus rien livré : 2 730 milliers de tonnes de kérosène en 2025, zéro au 2e trimestre 2026. À l'échelle de l'UE, 116 709,4 milliers de tonnes de brut sont arrivées au 2e trimestre, un peu plus du quart des 455 847,4 milliers de tonnes de 2025. L'Arabie saoudite a continué à fournir 45,3 % du brut polonais, ce qui cadre avec un contournement par le pipeline Est-Ouest vers la mer Rouge, sans que le port de chargement figure dans les données d'Eurostat.
Côté stocks, la France est passée de 94,527 jours en mars à 87,873 en juin, l'Allemagne de 95,169 à 91,688 : c'est le partage de l'effort au sein de l'AIE, traduit en jours. Pour ta propre cuve, le calculateur d'autonomie de cuve suit la même logique, et la page sur la réserve d'énergie à la maison dit ce qui a du sens chez toi.
Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Si Ormuz reste fermé : combien durent les stocks ? », état au 23/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/reserves-strategiques-petrole/simulateur-ormuz/