1. Qui détient les stocks stratégiques de pétrole en Belgique ?
En Belgique, les stocks obligatoires de pétrole sont détenus par l'ASEVA, l'Agence de Stockage Energétique, anciennement APETRA : une société anonyme de droit public qui détient au moins deux tiers des stocks en pleine propriété (loi du 21 décembre 2023). Cette loi, publiée au Moniteur belge le 28 décembre 2023 et en vigueur depuis le 1er janvier 2024, a rebaptisé l'agence créée en 2006 et opérationnelle depuis le 1er avril 2007. Le reste des stocks est couvert par des contrats de type « ticket » avec l'industrie. L'obligation est la plus élevée de deux quantités : 90 jours d'importations nettes moyennes ou 61 jours de consommation intérieure moyenne.
D'après son site (en anglais), l'ASEVA stocke ses réserves en Belgique et dans les pays voisins, les produits surtout en Belgique. En 2022, selon l'AIE, l'agence louait 16 dépôts en Belgique (11,4 millions de barils, surtout des distillats moyens) et gardait tout son brut en Allemagne, dans une capacité de 15,3 millions de barils. Son dernier chiffre publié date d'environ 2023-2024 : des stocks d'environ 3,92 millions de tonnes, dont 53,7 % de brut. La comparaison avec les autres pays se trouve dans la vue d'ensemble de l'Observatoire.
2. Combien de jours de réserves de pétrole a la Belgique ?
Selon Eurostat, les stocks d'urgence belges couvraient 109,5 jours d'importations nettes en juillet 2026, nettement au-dessus du seuil de 90 jours. Contrairement à la France (87,9 jours en juin) ou à l'Allemagne, la courbe belge n'a pas baissé après la décision de l'AIE : elle est montée de 107,8 jours en mars à 111,0 en avril, puis a légèrement reculé. Les stocks d'urgence ont augmenté de 128,8 milliers de tonnes entre mars et avril, dont 75 milliers de tonnes de brut (calcul GOS).
| Mois | Jours (Eurostat, équivalent jours) | Stocks d'urgence (milliers de t) |
|---|---|---|
| décembre 2025 | 106,989 | – |
| janvier 2026 | 105,589 | – |
| février 2026 | 105,923 | 4 274,0 |
| mars 2026 | 107,820 | 4 341,1 |
| avril 2026 | 111,039 | 4 469,9 |
| mai 2026 | 110,957 | 4 467,0 |
| juin 2026 | 110,855 | 4 463,4 |
| juillet 2026 | 109,511 | 4 426,5 |
Eurostat nrg_stk_oem (jours) et nrg_stk_oilm (stocks, pétrole et produits), mis à jour le 10/09/2026 ; dans le texte, jours arrondis à une décimale.
Eurostat publie aussi la base du calcul : en juillet, 38,291 milliers de tonnes d'importations nettes par jour et un stock minimum de 3 446,186 milliers de tonnes, soit exactement 90,0 jours (calcul GOS). La règle des importations nettes s'applique donc. Le brut représentait 61,4 % des stocks d'urgence en juillet (calcul GOS). « 109 jours » ne veut pas dire que le pays serait à sec au 110e jour : le chiffre mesure combien de temps les stocks pourraient remplacer des importations manquantes, après une décote de 10 %. La méthode est détaillée dans la règle des 90 jours.
Les réserves de l'État se comptent en jours, ta cuve de mazout en litres. Calcule combien de temps elle tiendra.
Calculer l'autonomie de ma cuve3. La Belgique a-t-elle puisé dans ses réserves en 2026, et qui décide ?
Sur le papier, oui, mais très peu : le tableau de l'AIE du 19 mars 2026 attribue à la Belgique 0,3 million de barils, avec la mention « details not yet available », et nous n'avons trouvé aucune source belge qui décrive une libération. L'AIE précise que ces chiffres ne sont pas définitifs et peuvent encore changer. Rapportés aux importations nettes de juillet, 0,3 million de barils représentent environ 1,1 jour (calcul GOS, en supposant 7,33 barils par tonne, un facteur de conversion courant et non propre au brut belge). Le site de l'ASEVA n'annonce rien pour 2025 ou 2026, et Eurostat ne montre pas de baisse attribuable à l'AIE. La répartition des 426 millions de barils entre pays figure sur Libération AIE 2026.
La décision appartient au ministre de l'Énergie. « En cas de crise d'approvisionnement pétrolière, le ministre peut décider que les stocks obligatoires sont utilisés temporairement à concurrence d'une partie à déterminer par lui » (article 19 de la loi de 2023). Il fixe aussi le délai et les modalités de reconstitution, financée au prix du marché, et les stocks de l'ASEVA mis sur le marché sont vendus au prix du marché. Sur avis du Bureau national du pétrole, le ministre peut restreindre la demande (article 21). En 2022, l'AIE estimait l'effet de l'ensemble de ces mesures de restriction à moins de 5 % de la consommation de pétrole.
4. D'où vient le pétrole importé par la Belgique ?
En 2025, la Belgique a importé 29 485,5 milliers de tonnes de brut, surtout de Norvège (23,0 %), du Kazakhstan et des États-Unis ; les sept États du Golfe ne pesaient que 4,6 % de ses importations de brut, gazole et kérosène, et 1,2 % au 2e trimestre 2026 (Eurostat, calcul GOS). La fédération Energia situe la part du Moyen-Orient dans le brut à 3 % en 2025, contre 10 % en 2024, et celle de la Russie à zéro. Le Canada a fourni 4,6 % du brut belge en 2025.
| Pays fournisseur | Volume (milliers de t) | Part |
|---|---|---|
| Norvège | 6 777 | 23,0 % |
| Kazakhstan | 4 886 | 16,6 % |
| États-Unis | 4 506 | 15,3 % |
| Guyana | 1 797 | 6,1 % |
| Nigeria | 1 597 | 5,4 % |
| Canada | 1 347 | 4,6 % |
| Brésil | 1 215 | 4,1 % |
| Royaume-Uni | 1 128 | 3,8 % |
| Total des importations | 29 486 | 100 % |
Pour le gazole et le mazout, le premier fournisseur est un voisin : 67,6 % des importations belges de gasoil venaient des Pays-Bas en 2025 (Eurostat, calcul GOS). Eurostat ne connaît que le pays qui livre, pas l'origine du brut raffiné à Rotterdam. La capacité de raffinage belge atteint 645 000 barils par jour (Energia, 2021-2024), avec deux grandes raffineries à Anvers, TotalEnergies et ExxonMobil ; le seul oléoduc de brut transfrontalier, le RAPL entre Rotterdam et Anvers, sert depuis 2016 à exporter des charges de raffinerie vers les Pays-Bas (AIE, 2022). Les comparaisons se trouvent sur Importations de pétrole par pays d'origine et dans l'indice Ormuz GOS.
5. Combien la réserve ajoute-t-elle au prix du gasoil et du mazout ?
Au 2e trimestre 2026, la contribution ASEVA sur le gasoil s'élevait à 11,68 € par 1 000 litres, soit 1,168 centime par litre (SPF Économie ; conversion : calcul GOS). Elle est payée par les entreprises qui mettent les produits à la consommation et répercutée sur le prix final, où elle figure comme un montant fixe dans la structure du prix maximum. Le SPF Économie recalcule ce prix chaque jour ouvrable : cotations de Rotterdam, marge brute maximale, contribution ASEVA, accises et TVA de 21 %. Le SPF publie ce montant pour la catégorie gasoil ; la page consultée ne dit pas expressément si le mazout de chauffage en relève. Si c'est le cas, hypothèse que nous n'avons pas pu vérifier, 2 000 litres de mazout porteraient 23,36 € de contribution au tarif du 2e trimestre, hors TVA éventuelle (calcul GOS). Le montant du 3e trimestre n'était pas publié sur les pages consultées. En France, le coût de gestion de la SAGESS est d'environ 0,75 centime par litre (2025) ; d'autres systèmes sont comparés sur Qui paie les stocks ?
| Trimestre | Gasoil (€/1 000 l) | Essence (€/1 000 l) | Kérosène (€/1 000 l) |
|---|---|---|---|
| 4e trim. 2025 | 11,63 | 10,45 | 5,82 |
| 1er trim. 2026 | 12,02 | 10,86 | 6,01 |
| 2e trim. 2026 | 11,68 | 10,25 | 5,84 |
Contribution ASEVA, SPF Économie (page mise à jour le 13/03/2026).
Le 23 septembre 2026, le prix maximum du mazout de chauffage (H0/H7) était de 1,5102 €/l sous 2 000 litres et de 1,4697 €/l à partir de 2 000 litres ; le diesel était plafonné à 2,5010 €/l depuis le 22 septembre (Energia, qui reprend les prix du SPF). Les ménages les plus modestes peuvent obtenir l'aide du Fonds social chauffage, pour 1 500 litres au plus par période de chauffe. En Wallonie, l'interdiction des chaudières au mazout est reportée à 2031 (Energia, 18 août 2026). Pour comparer avec la France voisine, vois le guide pays France.
Pour citer cette page : Global Oil Shock (Jörg Dässler), « Réserves de pétrole Belgique : 109,5 jours, ASEVA », état au 23/09/2026, https://globaloilshock.com/fr/reserves-strategiques-petrole/belgique/