1. La réponse courte
Le rationnement du carburant est la limite fixée par l'État sur la quantité d'essence, de diesel ou de fioul que peut acheter chaque client, et à la date du 17 septembre 2026, aucun des pays traités ici, la France, l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, l'Espagne, le Royaume-Uni ou les États-Unis, ne l'a ordonné. La Slovénie fait exception : depuis le 23 mars 2026, elle plafonne les particuliers à 50 litres par jour et les professionnels et agriculteurs à 200 litres par jour, la première mesure de ce type dans l'UE pendant la crise en cours, confirmée par plusieurs rapports indépendants (Newsweek, 24 mars 2026, citant Reuters et BBC News). Une partie de la situation actuelle remonte à la fermeture de fait de la navigation dans le détroit d'Ormuz, le goulot d'étranglement derrière les libérations de réserves et les débats sur les limitations de vitesse détaillés ci-dessous.
Le rationnement est le dernier échelon d'une échelle, pas la première réaction à une pénurie. Cette page présente cette échelle, la base légale dans sept pays, et ce qu'un foyer peut encore faire avant toute décision.
2. Ce qui vient avant le rationnement, et qui décide
Avant qu'un gouvernement ne limite ce qu'un automobiliste peut acheter, la séquence habituelle commence par la libération des réserves obligatoires et, le cas échéant, une action coordonnée par l'AIE ; l'escalade ne va plus loin que si cela ne suffit pas. L'aperçu suisse publié le 15 septembre 2026 décrit cette séquence ainsi : appel volontaire aux économies, puis libération des réserves, puis limitations de vitesse, le rationnement restant explicitement le dernier recours (dievolkswirtschaft.ch, 15 septembre 2026). La libération collective de l'AIE du 19 mars 2026, 426 millions de barils venus de 33 pays membres, a été présentée comme une mesure passerelle jusqu'à la réouverture du trafic à Ormuz, pas comme un complément au rationnement national (AIE, 19 mars 2026). L'ampleur de cette réserve et de cette libération est expliquée dans notre fiche sur la réserve stratégique et notre fiche sur le mécanisme de libération de l'AIE.
Si la libération des réserves et l'appel volontaire ne suffisent pas, les étapes suivantes, d'après les aperçus suisse et français de 2026 ainsi que le précédent allemand de 1973/74, suivent généralement cet ordre :
- Appel volontaire aux économies, comme l'appel suisse à privilégier le vélo ou les transports publics (dievolkswirtschaft.ch, 15 septembre 2026).
- Réduction de la vitesse autorisée sur autoroute, comme les 100 km/h imposés en Allemagne de novembre 1973 à mars 1974 (motorsport-total.com).
- Interdictions de circuler ou dimanches sans voiture, comme les quatre dimanches sans voiture allemands des 25 novembre, 2, 9 et 16 décembre 1973, décidés par la loi de sécurité énergétique du 9 novembre 1973 (bpb.de).
- Plafond par plein sans carte de rationnement, le plan préfectoral français de 20 à 30 litres par véhicule et par plein (Le Tribunal du Net, 14 avril 2026).
- Horaires réduits ou réquisition de certaines stations-service, réservées aux véhicules d'urgence et au trafic essentiel.
- Attribution formelle par cartes de rationnement, décrite par les autorités suisses comme le véritable dernier recours (dievolkswirtschaft.ch, 15 septembre 2026).
- Quantités fixes par jour et par personne ou entreprise, l'étape atteinte par la Slovénie le 23 mars 2026, avec 50 litres par jour pour les particuliers et 200 litres pour les professionnels et agriculteurs (Newsweek, 24 mars 2026).
3. Qui a le droit d'ordonner quoi, pays par pays
Chacun des sept pays de cette page dispose d'une loi nommément identifiée pour encadrer le carburant, mais à l'exception de la Slovénie elle-même, aucun ne l'avait activée pour rationner au 17 septembre 2026. Le tableau ci-dessous indique l'autorité, la base légale et la source pour chaque pays.
| Pays | Autorité | Base légale | État au | Source |
|---|---|---|---|---|
| Allemagne | Gouvernement fédéral / ministère fédéral de l'Économie | Loi de sécurité énergétique 1975 (en vigueur ; version de 1973 expirée en 1974) | loi en vigueur, non utilisée pour des interdictions de circuler depuis 1974 | Bundestag, services scientifiques, WD 7-064/08 |
| Allemagne, réserve | Erdölbevorratungsverband (EBV), libération par arrêté ministériel | Loi sur les réserves pétrolières (ErdölBevG), refonte 2012 | réserve obligatoire : 90 jours d'importations nettes | ebv-oil.org |
| Autriche | Ministre fédéral de l'Économie | Loi sur les réserves pétrolières 2012 (EBG 2012) | processus de libération engagé le 11 mars 2026 | BMWET/OTS, 11 mars 2026 |
| Suisse | Conseil fédéral / DEFR, plus le délégué à l'approvisionnement économique du pays | Loi sur l'approvisionnement du pays (LAP), 17 juin 2016 | réserve couvrant 4,5 mois de demande normale sans importations | dievolkswirtschaft.ch, 15 septembre 2026 |
| France | Préfets, échelon départemental, premières mesures sans validation du Premier ministre | Code de la défense Art. L1111-7, plan ORSEC « Hydrocarbures » ; réquisitions via le CGCT Art. L2215-1, al. 4 | plan 2026 : 20 à 30 l par plein si activé | Le Tribunal du Net, 14 avril 2026 |
| Royaume-Uni | Secretary of State for Energy | Energy Act 1976, sections 1 et 2 | projet de loi Downstream Oil Resilience Bill (2021) exclut le rationnement ; adoption d'ici 2026 non vérifiée | Wikipedia, Energy Act 1976 ; UK Parliament BEIS Committee, 12 novembre 2021 |
| États-Unis | Président, avec approbation du Congrès pour un Standby Gasoline Rationing Plan | Emergency Petroleum Allocation Act 1973 ; Energy Policy and Conservation Act 1975 ; 50 U.S.C. App. § 2075 | pouvoir en vigueur, non activé | Wikipedia, Emergency Petroleum Allocation Act |
La réserve espagnole, gérée via CORES, totalise environ 420 millions de barils, soit environ 92 jours de consommation, répartis entre 42 jours détenus par l'État et environ 50 jours détenus par l'industrie, un peu au-dessus du minimum de 90 jours exigé par l'AIE (El Independiente, 11 mars 2026, mis à jour le 12 mars 2026).
4. La Slovénie en 2026 face au précédent de 1973/74
La mesure slovène de 2026 et les restrictions ouest-allemandes de 1973/74 se situent presque au même échelon de l'échelle d'escalade, cinquante ans d'écart, mais la Slovénie a directement sauté aux quantités fixes journalières, alors que l'Allemagne de l'Ouest s'était arrêtée un échelon plus bas, aux interdictions de circuler et à la limitation de vitesse. Les restrictions ouest-allemandes ont duré environ six mois, de novembre 1973 jusqu'à leur expiration le 24 mai 1974 (Bundestag, services scientifiques, WD 7-064/08) ; pour le rationnement slovène, en vigueur depuis le 23 mars 2026, les sources vérifiées pour cette page ne donnent pas de date de fin. Cette crise antérieure s'inscrit dans un schéma plus long, que retrace notre fiche sur le choc pétrolier, et l'outil juridique utilisé contre les voisins mêmes de la Slovénie, un embargo pétrolier plutôt qu'un ordre de rationnement, est traité séparément dans notre fiche sur l'historique des embargos pétroliers.
La raison invoquée par la Slovénie diffère de celle de l'Allemagne de l'Ouest : elle cite des goulets d'étranglement d'approvisionnement combinés à un tourisme du plein transfrontalier, des automobilistes autrichiens traversant la frontière pour profiter du prix slovène réglementé, plus bas (Newsweek, 24 mars 2026). Le rapport de suivi de Newsweek du 1er avril 2026 cite d'autres pays hors d'Europe avec des limites de carburant, dont le Sri Lanka, le Myanmar, le Cambodge, le Bangladesh et l'Indonésie, mais sans dates d'introduction ni limites en litres précises pour la plupart, ce qui conduit cette page à les traiter comme non confirmées plutôt que comme des faits datés.
5. Ce que cela change pour ton plein et ta facture
Tant qu'aucun rationnement n'est en vigueur en France, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Espagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, la réaction sensée pour un foyer reste une routine, pas une urgence : ne pas laisser ton réservoir se vider, commander ton fioul avec un délai suffisant avant le pic hivernal, et vérifier les règles de stockage privé applicables plutôt que de faire des réserves sur la base de rumeurs. Plusieurs pays limitent, pour des raisons de sécurité incendie, la quantité de carburant qu'un foyer peut stocker en bidons ou dans une cuve privée ; les limites exactes en litres varient selon le pays et ne sont pas détaillées dans les sources vérifiées pour cette page, alors vérifie la règle en vigueur auprès de tes services d'incendie locaux ou de ton fournisseur avant d'acheter des bidons supplémentaires.
Les signaux qui précéderaient un rationnement, d'après l'échelle ci-dessus, sont un appel officiel aux économies, une limitation de vitesse proposée, ou une libération de réserve dépassant le cadre habituel ; aucun des sept pays de cette page n'avait atteint, au 17 septembre 2026, même le premier de ces signaux. Pour voir ce qu'un changement de prix, et non un rationnement, changerait à ta propre facture, passe tes chiffres dans notre calculateur, et pour la situation en France, consulte notre page fioul : acheter maintenant ou attendre.
Ce n'est pas le rationnement, mais un prix plus élevé, qui pourrait déjà toucher ta facture.
Lancer le calculateur6. Ce que le rationnement n'est pas
Le rationnement du carburant n'est ni la libération de réserves de l'AIE, ni la force majeure sur un contrat de fourniture, et un plan d'urgence n'est pas une mesure déjà en vigueur. La libération de 426 millions de barils par l'AIE le 19 mars 2026 était une action côté offre, entre États et industrie, destinée à combler une perturbation du transport ; elle ne limitait en rien ce qu'un automobiliste pouvait acheter, ce qui définit justement le rationnement (AIE, 19 mars 2026). C'est aussi un outil juridique différent de la clause contractuelle privée qu'explique notre fiche sur la force majeure, qui permet à un vendeur de suspendre une livraison sans payer de dommages, sans pour autant limiter les achats des clients finaux.
Le chiffre le plus souvent mal cité est celui des 20 à 30 litres par plein en France : il s'agit d'un plan préfectoral d'urgence rapporté le 14 avril 2026, prêt à être activé en cas de besoin, pas d'une limite nationale déjà en vigueur au 17 septembre 2026 (Le Tribunal du Net, 14 avril 2026). De même, le projet britannique de Downstream Oil Resilience Bill, publié en 2021, exclut explicitement tout pouvoir de rationnement, d'attribution ou de contrôle des prix, et aucune source vérifiée pour cette page ne confirme s'il était même devenu loi d'ici 2026.