1. Ce qu'une déclaration de force majeure fait vraiment
La force majeure est une clause contractuelle qui permet à la partie touchée, presque toujours le vendeur, de s'affranchir d'une obligation de livraison précise sans payer de dommages, une fois qu'un événement imprévisible et inévitable, listé dans ce contrat, s'est produit ; elle n'annule ni le contrat sous-jacent ni l'obligation de l'acheteur de trouver le combustible ailleurs. La clause relève du contrat, pas d'une règle légale générale (Thomson Reuters Legal, consulté le 17 septembre 2026). QatarEnergy l'a invoquée le 24 mars 2026 après des dégâts sur ses installations de Ras Laffan, et des acheteurs comme l'italien Edison ont ensuite dû acheter du gaz de remplacement au prix spot, plus élevé (Al Jazeera, 24 mars 2026).
2. Qui la déclare, et ce qu'il faut prouver
La partie touchée, généralement le fournisseur, déclare la force majeure à l'acheteur par une notification formelle, et c'est elle qui doit prouver que l'événement correspond bien à la liste prévue par le contrat. Une clause de force majeure liste en général ses déclencheurs, guerre, catastrophe naturelle, grève, dégât sur une installation, et définit ce qui compte comme imprévisible et inévitable ; les tribunaux interprètent ces clauses de façon stricte et ne reconnaissent que les événements que le contrat lui-même énumère (Thomson Reuters Legal, consulté le 17 septembre 2026).
Shell a été le premier grand acheteur à déclarer la force majeure sur ses propres contrats de GNL qatari, le 11 mars 2026 (Al Jazeera, 11 mars 2026), et dès le 19 mars 2026 des analystes alertaient déjà sur une vague plus large pouvant toucher les contrats avec l'Italie, la Belgique, la Corée du Sud et la Chine (FXStreet, 19 mars 2026), une alerte que la déclaration de QatarEnergy a confirmée cinq jours plus tard. Le mécanisme ressemble au choc de prix derrière notre fiche sur la prime de risque de guerre, où c'est un assureur, pas un tribunal, qui décide qu'une route n'est plus assurable au prix d'avant.
3. La chronologie QatarEnergy, chiffres et sources
QatarEnergy a déclaré la force majeure le 24 mars 2026, et le volume touché comme son coût ont grandi depuis, au fil de prolongations successives. Le déclencheur a été un dégât sur deux des 14 trains de GNL de Ras Laffan et une des deux unités gaz-vers-liquides, une perte estimée à environ 12,8 millions de tonnes de capacité annuelle pendant trois à cinq ans, soit environ 17 % de la capacité d'exportation du Qatar ; le directeur général de QatarEnergy lui-même a chiffré la perte de revenu annuel à environ 20 milliards de dollars (Al Jazeera, 24 mars 2026).
| Date | Événement | Chiffres | Source |
|---|---|---|---|
| 11 mars 2026 | Shell déclare la force majeure sur du GNL qatari qu'il négocie | première déclaration majeure | Al Jazeera, 11 mars 2026 |
| 24 mars 2026 | QatarEnergy déclare la force majeure | 2 des 14 trains de GNL + 1 des 2 unités GTL touchés | Al Jazeera, 24 mars 2026 |
| 31 juillet 2026 | Edison confirme une prolongation jusqu'à fin septembre | 24 cargaisons concernées (environ 3 milliards de m³), 17 déjà remplacées (environ 1,6 milliard de m³) | GIIGNL, 31 juillet 2026 |
| 4 août 2026 | Le méthanier GasLog Shanghai touché en sortant d'Ormuz | force majeure confirmée sur 24 cargaisons, environ 3 milliards de m³ | Moncloa, 4 août 2026 |
| 31 août 2026 | Suspension envers Edison prolongée à nouveau | contrat TTF d'octobre à 70,85 EUR/MWh en intraday | Euronews, 31 août 2026 |
Deux sources datent différemment la première déclaration de QatarEnergy elle-même : Al Jazeera indique le 24 mars 2026, tandis qu'une source gouvernementale indienne a horodaté sa propre dépêche au 25 mars 2026, 14h13 ; les deux dates sont données ici plutôt que tranchées. Le contexte gazier de ce dossier se retrouve dans deux autres fiches. Notre fiche sur le choc pétrolier situe ce type de choc d'offre dans la formation des prix. Notre fiche sur la réserve stratégique montre quel filet de sécurité les États gardent pour ce genre de rupture.
4. Comment ce cas s'inscrit dans la situation 2026
La force majeure de QatarEnergy s'inscrit dans une série plus large de chocs d'offre en 2026, mais reste un événement contractuel au niveau d'une entreprise, pas un embargo d'État ni la fermeture d'un détroit. Al Jazeera a rapporté le 3 mars 2026 que le retrait des assureurs dans le Golfe, la même semaine, avait fait grimper les prix européens du gaz de près de 50 % et l'indice asiatique du GNL, le JKM, de 39 %, preuve que le risque tanker et le risque contractuel du GNL évoluent de façon très liée bien qu'ils soient juridiquement distincts.
Le 31 août 2026, Goldman Sachs voyait, selon Euronews, un potentiel pour que le contrat TTF de décembre 2026 dépasse 100 EUR/MWh si la perturbation se prolongeait ; c'est l'avis rapporté d'une banque, pas un résultat vérifié, et cette page ne le reprend pas comme une prévision propre.
5. Ce que cela change pour ta facture de gaz et d'électricité
Une déclaration de force majeure sur le contrat gazier d'un tiers ne touche ta facture qu'à partir du moment où ton propre fournisseur, ou un fournisseur plus haut dans la chaîne, doit acheter du gaz de remplacement au prix spot, exactement ce qui est arrivé à Edison après la déclaration de QatarEnergy. Le coût spot supporté par Edison dépassait de 30 à 50 % son prix contractuel, et l'entreprise a évoqué une hausse possible de 5 à 8 % pour les clients finaux si la perturbation se prolongeait (Economiematin, 29 juillet 2026) ; aucun de ces chiffres ne doit se lire comme une hausse garantie sur ta propre facture, car les fournisseurs couvrent, mélangent et répercutent les coûts selon des calendriers différents, un mécanisme que notre fiche sur l'effet de répercussion détaille.
En France, cette même logique s'observe sur le fioul domestique, dont notre page prévision du prix du fioul domestique suit l'évolution avec ses propres sources datées. Pour voir ce qu'un changement de prix de gros ferait concrètement à ton budget, passe-le dans notre calculateur.
Calcule ce qu'un prix du gaz plus élevé changerait à ta propre facture.
Lancer le calculateur6. Ce que la force majeure n'est pas
La force majeure n'est ni une rupture de contrat, ni un embargo, ni une sanction, et confondre ces notions conduit à mal évaluer qui est responsable. Une rupture de contrat est un défaut de livraison sans excuse valable, qui rend la partie fautive redevable de dommages ; une déclaration de force majeure valide fait l'inverse, c'est une défense contractuelle qui écarte la responsabilité, à condition que la partie qui la déclare puisse prouver l'événement déclencheur et le défendre en cas de contestation (Thomson Reuters Legal, consulté le 17 septembre 2026).
Ce n'est pas non plus un embargo, une interdiction commerciale décidée par un État ; notre fiche sur l'historique des embargos pétroliers explique ce mécanisme. Ce n'est pas non plus une sanction, le type de restriction que couvre notre fiche sur l'ombre des sanctions ; les deux sont des décisions d'un État, alors que la force majeure est une réclamation contractuelle privée entre un acheteur et un vendeur, qu'un tribunal ou un arbitre peut encore rejeter.