1. La réponse courte
La prime de risque de guerre est le surcoût d’assurance qu’un armateur paie pour faire traverser à son pétrolier une zone classée Listed Area par le Joint War Committee, comme le détroit d’Ormuz, généralement calculé en pourcentage de la valeur du navire par trajet ou par période de sept jours, et début septembre 2026 ce taux atteignait 3 à 10 % de la valeur du navire pour Ormuz. Il n’existe pas de tarif unique : le taux se négocie au cas par cas, bouge en quelques jours selon la situation sécuritaire, et varie selon la taille et la valeur du navire.
C’est pertinent pour un foyer européen, parce que l’armateur ne garde pas ce coût pour lui. Il l’ajoute au taux de fret, et de là il remonte jusqu’au prix du brut et des produits transportés sur ce même trajet, exactement le chemin que suit ensuite ton fioul ou ton diesel.
2. Qui la fixe et comment elle est calculée
Le Joint War Committee (JWC), une instance réunissant des souscripteurs du Lloyd’s et de l’IUA (International Underwriting Association), conseillée par des analystes sécuritaires, détermine quelles eaux comptent comme Listed Area à risque de guerre élevé ; le montant réel de la prime à l’intérieur d’une telle zone relève ensuite d’une négociation privée entre souscripteurs ou courtiers et l’armateur, sans tarif publié unique (Lloyd’s Market Association ; Argus Media, consulté le 17 septembre 2026). C’est pourquoi deux courtiers cotant la même route le même jour peuvent donner des chiffres différents.
L’Additional War Risk Premium (AWRP) est généralement calculé en pourcentage de la valeur Hull and Machinery (coque et machines) du navire, et couvre en général soit un seul trajet, soit une période fixe de sept jours. Un tanker qui continue à traverser la zone, ou qui y reste plus longtemps, peut récupérer 25 à 50 % de la prime sous forme de no-claims bonus si rien ne se produit (S&P Global Commodity Insights, 30 mars 2026). Une police distincte, l’assurance guerre sur cargaison, couvre la valeur du pétrole lui-même plutôt que celle du navire ; Argus Media la chiffrait à 10 à 20 % de la valeur de la cargaison le 28 mars 2026, une base de calcul différente du pourcentage sur coque évoqué plus haut.
Le détroit d’Ormuz a porté ce statut de Listed Area pendant l’essentiel de 2026, avec le niveau de 3 à 10 % détaillé plus haut. Une partie du pétrole russe qui circule par des routes voisines relève d’un mécanisme distinct, un plafond de prix plutôt qu’un surcoût d’assurance, que nous détaillons dans notre entrée sur l’ombre des sanctions.
3. Comment le taux a évolué en 2026
Le tableau ci-dessous aligne les valeurs datées relevées dans la recherche. Certaines valeurs pour une même période se contredisent parce qu’elles proviennent de courtiers différents, cotant des navires différents à des dates différentes ; les deux chiffres sont conservés plutôt que moyennés.
| Date | Région | AWRP (% de la valeur du navire) | Source |
|---|---|---|---|
| Avant le 28 février 2026 | Golfe / Ormuz | 0,15-0,25 % (Argus) ; 0,1-0,15 % (S&P Global) ; 0,25 % (Al Jazeera, citant CNBC) ; 0,02-0,05 % (Euronews) | Argus Media ; S&P Global, 30 mars 2026 ; Al Jazeera, 3 mars 2026 ; Euronews, 16 mars 2026 |
| 1er-3 mars 2026 | Golfe | Saut jusqu’à 1 % en 48 heures | Al Jazeera, 3 mars 2026, citant Marsh |
| Mi-mars 2026 (pic) | Golfe | Jusqu’à 2,5 % de la valeur du navire | S&P Global Commodity Insights, 30 mars 2026 |
| 30 mars 2026 | Golfe | Environ 1 % en cas standard, 0,8 % avec no-claims bonus | S&P Global Commodity Insights, 30 mars 2026 |
| 17-19 juillet 2026 | Ormuz | 3 à 10 % de la valeur du navire | The National, 17 juillet 2026, citant Marcus Baker, Marsh |
| 22-23 juillet 2026 | Ormuz | Saut de 1-3 % à 7,5-10 % | S&P Global, 22 juillet 2026 ; Al Jazeera, 23 juillet 2026 |
| Début septembre 2026 | Ormuz | 3 à 10 % de la valeur du navire, exemples jusqu’à 10 % | Insurance Business Magazine, vers le 9 septembre 2026 |
| Jusqu’au 3 septembre 2026 (cumulé) | mondial | « 40 à 60 fois » le niveau d’avant-guerre aux pics | gCaptain, 3 septembre 2026, citant l’analyste David Osler, Lloyd’s List |
Ces sauts de taux côtoient un autre mécanisme juridique, la force majeure, que certains vendeurs ont invoquée quand le risque de guerre rendait une livraison contractuelle non pas seulement plus chère, mais impossible.
4. Deux contradictions à connaître
Deux points méritent un second regard quand un seul chiffre circule comme étant la prime de risque de guerre. Le premier concerne le niveau d’avant-guerre lui-même : Argus Media donnait 0,15 à 0,25 % de la valeur du navire, S&P Global 0,1 à 0,15 %, Al Jazeera, citant CNBC, 0,25 %, et Euronews 0,02 à 0,05 %, tous décrivant la situation avant le 28 février 2026. Aucun de ces chiffres n’a été moyenné en un taux officiel unique ; ils sont conservés côte à côte parce qu’ils proviennent de bureaux de cotation différents.
La seconde contradiction porte sur le pic à Ormuz lui-même. Argus Media rapportait, le 28 mars 2026, un passage à Ormuz à 5,0 à 7,5 % de la valeur du navire, avec des pics à 10 %, illustré par un VLCC de 134 millions de dollars avec une facture totale de risque de guerre d’environ 65 millions de dollars. S&P Global donnait, pour la même fenêtre générale, publié deux jours plus tard le 30 mars 2026, un pic mi-mars plus bas, jusqu’à 2,5 %. Les deux chiffres restent ici datés et sourcés plutôt qu’harmonisés, car ils peuvent refléter des navires, des courtiers ou des jours précis différents au sein du même mois.
Une fois fixée, la prime ne reste pas isolée dans le monde maritime. Elle s’ajoute au taux de fret que facture l’armateur, un mécanisme que notre entrée sur l’effet de répercussion explique de façon générale. De là elle devient un des éléments du crack-spread, la marge de raffinage qui fixe l’écart entre le brut et le prix du fioul ou du diesel que tu paies vraiment.
5. Ce que ça change pour ta facture de fioul ou de diesel
Tu ne peux pas consulter la prime de risque de guerre un jour donné et la convertir directement en centimes par litre, parce qu’elle t’atteint à travers plusieurs étapes : taux de fret, marge de raffinage, puis, avec le temps, prix à la pompe ou à la livraison, chacune avec son propre délai. Ce que tu peux faire, c’est traiter un saut de l’AWRP à Ormuz comme un signal d’alerte précoce plutôt qu’une preuve de quoi que ce soit, puisque l’effet d’environ 7 à 8 dollars par baril décrit par gCaptain le 3 septembre 2026 était une estimation de marché au plus fort de la crise, pas un surcoût fixe qui s’applique en permanence.
Si tu te demandes s’il faut fixer maintenant un prix de fioul ou de diesel, la prime de risque de guerre n’est qu’un facteur parmi d’autres, à côté du prix du brut lui-même et de la marge de raffinage. Si les assureurs retiraient à nouveau complètement leur couverture du Golfe, comme entre le 1er et le 5 mars 2026, attends-toi à une flambée des coûts de fret et d’assurance en quelques jours, avant même que le brut lui-même ne bouge nécessairement, car les armateurs paient alors bien plus cher une couverture de remplacement, utilisent un programme de réassurance publique, ou arrêtent tout simplement de traverser la zone, ce qui avait bloqué environ 150 navires autour d’Ormuz cette semaine-là (Al Jazeera, 3 mars 2026). Notre page fioul, acheter maintenant ou attendre détaille la règle selon le niveau de ta cuve pour cette décision. Notre calculateur te montre ce qu’un brut ou une prime plus élevés changeraient concrètement pour ta facture.
Calcule ce qu’une prime de risque de guerre et un brut plus élevés changeraient pour ta facture.
Lancer le calculateur6. Ce que le terme ne veut pas dire
La prime de risque de guerre n’est pas un chiffre unique et universel, ni une taxe, ni toute l’explication d’un prix du carburant plus élevé. Il n’existe pas de tarif officiel publié : le Joint War Committee détermine seulement quelles zones comptent comme Listed Area, pas ce qu’un navire donné y paie, si bien qu’un titre comme 10 % ou 40 à 60 fois décrit la cotation d’un courtier pour un navire un jour donné, pas chaque tanker qui traverse Ormuz cette semaine-là.
Il est aussi facile de confondre le pourcentage sur coque décrit ici avec l’assurance guerre sur cargaison, une police distincte qui couvre la valeur du pétrole lui-même plutôt que celle du navire, qu’Argus Media chiffrait à 10 à 20 % de la valeur de la cargaison le 28 mars 2026, une base de calcul entièrement différente. Et la prime n’est qu’un canal parmi plusieurs par lesquels la crise du Golfe atteint ta facture : elle n’inclut pas, par exemple, l’effet du plafond de prix distinct que l’UE impose au pétrole russe, ni les variations ordinaires de la marge de raffinage, qui n’ont rien à voir avec l’assurance.