1. La réponse courte
Le TTF, pour Title Transfer Facility, est le prix de gros du gaz naturel sur un point d'échange virtuel du réseau néerlandais, coté en euros par mégawattheure ; c'est la référence sur laquelle s'alignent les contrats de fourniture, le coût de production électrique et les calculs industriels dans toute l'Europe. Au 18 septembre 2026, le contrat du mois suivant s'échangeait à 77,61 €/MWh, en hausse de 1,25 € soit 1,64 % sur une journée, et d'environ 140,21 % sur un an (Trading Economics). Une deuxième source donne pour le 16 septembre 2026 une fourchette de 77,58 à 78,03 €/MWh (Discovery Alert, 17 septembre 2026). Les deux relevés restent dans l'amplitude d'une variation journalière ordinaire : ils ne se contredisent pas.
Pour un foyer français, la vraie question n'est pas le niveau de ce chiffre mais le chemin par lequel il arrive. Si tu te chauffes au gaz, tu paies le TTF à travers ton contrat de fourniture, avec du décalage et majoré des taxes et de l'acheminement. Si tu te chauffes au fioul, tu ne le paies pas directement, mais il te rattrape par deux canaux détaillés plus bas, chiffres à l'appui. La façon dont le prix se forme au bout de la chaîne est décrite dans notre fiche sur le prix du fioul.
2. Comment se forme le TTF et comment il arrive jusqu'au fioul
Le TTF n'est pas un prix administré : il résulte d'échanges entre vendeurs et acheteurs de gaz sur un point virtuel du réseau néerlandais, et la cotation du contrat le plus proche fait office de référence européenne. Comme le gaz circule librement entre zones de marché par gazoducs et par terminaux méthaniers, le point d'échange français, le PEG, suit le TTF de près. La distinction entre une livraison immédiate et un contrat pour un mois futur est ici essentielle, et notre fiche sur le spot et le terme explique précisément ce qui les sépare.
Premier chemin vers le client, le chemin direct. Un foyer chauffé au gaz n'achète pas au TTF : il achète à un fournisseur qui, lui, se couvre sur le TTF. En France, la Commission de régulation de l'énergie, la CRE, publie chaque mois un prix repère de vente de gaz naturel qui sert de point de comparaison depuis la disparition des tarifs réglementés de vente. Ce repère intègre la part matière première, que le TTF détermine, mais aussi l'acheminement, le stockage, la TICGN et la TVA. C'est pourquoi un doublement au niveau du gros n'arrive jamais tel quel sur la facture, et jamais tout de suite : le mécanisme de transmission est décrit dans notre fiche sur l'effet de répercussion.
Deuxième chemin, celui qui compte pour les foyers au fioul : la substitution. Quand le gaz monte fortement, il redevient rentable pour des industriels et des producteurs d'électricité équipés en bicombustible de basculer vers le gazole, c'est-à-dire vers le même gisement de distillats moyens d'où sortent le fioul domestique et le gazole routier. Cette demande supplémentaire tire la cotation du produit avant même que le baril n'ait bougé. Ce que contient ce gisement est détaillé dans notre fiche sur les distillats moyens. Troisième chemin, l'électricité : les centrales à gaz fixent le prix de marché sur de nombreuses heures, si bien qu'un TTF élevé se retrouve aussi sur la facture d'électricité, quel que soit le mode de chauffage.
3. Les chiffres au 18 septembre 2026
Le tableau rassemble ce qui est documenté sur le TTF au 18 septembre 2026. Chaque ligne porte sa propre date, parce que les relevés proviennent de jours différents.
| Indicateur | Valeur | Au | Source |
|---|---|---|---|
| TTF, contrat du mois suivant | 77,61 €/MWh, soit +1,25 € et +1,64 % sur une journée | 18 septembre 2026 | Trading Economics |
| Évolution sur un an | +140,21 % | 18 septembre 2026 | Trading Economics |
| Deuxième relevé journalier | 77,58 à 78,03 €/MWh | 16 septembre 2026 | Discovery Alert, 17 septembre 2026 |
| Point haut de septembre | environ 84 €/MWh, proche d'un plus haut de quatre ans | début septembre 2026 | Discovery Alert, 17 septembre 2026 |
| Niveau d'août | 65 €/MWh, plus haut depuis mars, soit +130 % depuis le début 2026 | 20 août 2026 | Euronews |
| Hausse depuis début août | prix européens du gaz +50 % | 17 septembre 2026 | Kpler |
| GNL spot asiatique | 27 à 28 USD/MMBtu | 17 septembre 2026 | Kpler |
| Amplitude historique depuis 2010 | 3,37 à 345,00 €/MWh | série jusqu'en 2026 | Trading Economics |
| Stockage européen | 68 %, soit 775 TWh sur 1 132 TWh | 17 septembre 2026 | Discovery Alert |
| Stockage Allemagne et Pays-Bas | 55,9 à 56 % et 52,5 à 53,6 % | mi-septembre 2026 | Discovery Alert, 17 septembre 2026 |
Deux clés de lecture. D'abord l'amplitude : passer de 65 €/MWh en août à environ 84 €/MWh début septembre puis à 77,61 €/MWh au 18 septembre 2026 montre à quel point ce marché bouge en quelques semaines ; un relevé isolé n'est donc pas une tendance. Ensuite le stockage, qui figure dans le même tableau pour une raison précise : il détermine la sensibilité du prix. Moins il reste de coussin, plus le TTF réagit violemment à une vague de froid. Pourquoi les niveaux publiés diffèrent entre eux et quel étalon de comparaison fait débat, c'est le sujet de notre fiche sur le stockage de gaz dans l'UE.
4. La fourchette des prévisions, et pourquoi on ne la moyenne pas
Pour l'hiver 2026/27, les prévisions publiées vont de 50 €/MWh à 210 €/MWh, soit un facteur supérieur à quatre ; une fourchette de cette largeur n'est pas une base de planification, c'est l'aveu que personne ne connaît l'hiver à venir. La recension de Discovery Alert du 17 septembre 2026 détaille : Energy Aspects avec un scénario central à 110 €/MWh et un scénario haut à 210 €/MWh, Morgan Stanley avec un scénario central à 85 €/MWh et un scénario bas à 50 €/MWh, Rabobank à 72 €/MWh pour le quatrième trimestre 2026 et au milieu des 40 €/MWh pour 2027. Oxford Economics avançait de son côté, via Euronews le 20 août 2026, environ 60 €/MWh pour le quatrième trimestre 2026 et le premier trimestre 2027, chiffre désormais vieux de près de quatre semaines.
| Maison | Prévision hiver 2026/27 | Au | Source |
|---|---|---|---|
| Energy Aspects | scénario central 110 €/MWh, scénario haut 210 €/MWh | 17 septembre 2026 | Discovery Alert |
| Morgan Stanley | scénario central 85 €/MWh, scénario bas 50 €/MWh | 17 septembre 2026 | Discovery Alert |
| Rabobank | 72 €/MWh au quatrième trimestre 2026, milieu des 40 €/MWh en 2027 | 17 septembre 2026 | Discovery Alert |
| Oxford Economics | environ 60 €/MWh aux quatrième et premier trimestres | 20 août 2026 | Euronews |
| Standard Chartered, appréciation | des prix TTF élevés seraient désormais le scénario de base et non plus le scénario de risque | 17 septembre 2026 | Discovery Alert |
L'écart entre 50 et 210 €/MWh ne vient pas d'un travail bâclé : il vient de deux hypothèses sur lesquelles les maisons divergent, la persistance des perturbations d'approvisionnement dans le Golfe et la rigueur de l'hiver. Qui répond différemment à ces deux questions arrive nécessairement très loin. Une moyenne entre 50 et 210 produirait un nombre qu'aucune de ces maisons n'a jamais écrit, et détruirait précisément l'information utile : la largeur de l'incertitude. Cette page cite donc les deux extrêmes avec leur source et n'en privilégie aucune.
Un repère historique aide à situer tout cela : la série de Trading Economics affiche, entre 2010 et 2026, des valeurs comprises entre 3,37 et 345,00 €/MWh. Les deux bornes des prévisions se situent donc à l'intérieur de ce que ce marché a déjà produit. L'effet ne s'arrête pas à la facture de gaz : Oxford Economics estimait, via Euronews le 20 août 2026, que l'inflation d'ensemble de la zone euro pourrait atteindre 3,5 % au second semestre 2026 au lieu de 3,0 % aux prix de gros d'alors. Que le gaz et les distillats soient tendus en même temps se lit aussi dans notre fiche sur le crack spread du gazole.
5. Qu'est-ce que cela veut dire pour ma facture de fioul ?
Pour un foyer au fioul, le TTF n'est pas un prix que tu paies directement : c'est un indicateur avancé de demande supplémentaire et de volatilité ; la décision qui en découle porte sur le moment et sur la quantité, pas sur le fait d'être livré ou non. La France dispose de deux séries de prix, à deux dates différentes, et cette page garde les deux. La série hebdomadaire officielle de la DGEC donne 179,25 c/l TTC au 4 septembre 2026, soit environ 3 585 € pour une cuve de 2 000 l, contre environ 2 802 € au 26 juin 2026. L'agrégateur prixfioul.fr donne 185,3 c/l au 18 septembre 2026 pour 1 000 l livraison comprise. L'une est officielle mais plus ancienne, l'autre est récente mais commerciale ; en faire la moyenne n'apporterait rien. En août 2025, la même série DGEC relevait 110,43 c/l, soit +62,3 % en douze mois.
De ces chiffres découle une logique de décision, pas une date d'achat. Premièrement, le TTF à 77,61 €/MWh et +140,21 % sur un an (Trading Economics, 18 septembre 2026) maintient la pression de report vers le gazole tant qu'il reste à ce niveau, ce qui pousse la cotation des distillats vers le haut. Deuxièmement, un stockage européen à 68 % au 17 septembre 2026 (Discovery Alert) signifie qu'une vague de froid se répercutera plus fort qu'une année de cuves pleines. Troisièmement, l'écart entre les deux séries de prix françaises te dit à quel point le marché bouge vite entre deux relevés. Mettre ces trois éléments en face du niveau réel de ta cuve, exprimé en jours de chauffe, donne la base de décision ; notre page fioul, acheter maintenant ou attendre déroule cet exercice pas à pas.
Cette page ne te dit pas quand acheter et ne prévoit aucun prix. Pour tout ce qui touche à la cuve, à sa contenance utile, à son état ou à la qualité du produit livré, adresse-toi à ton installateur ou à ton distributeur agréé, seuls habilités à répondre selon la réglementation française. Ce que tu peux chiffrer toi-même, c'est l'effet d'une variation de prix sur ton budget annuel, avec notre calculateur de facture.
Chiffre ce que quelques centimes par litre en plus ou en moins changent à ton budget annuel de chauffage.
Lancer le calcul6. Ce que le TTF n'est pas
Le TTF n'est pas un prix de détail, n'est pas un lieu physique et n'est pas une prévision. Ce n'est pas un prix de détail parce qu'entre lui et ta facture s'intercalent l'acheminement, le stockage, la TICGN, la TVA et la marge du fournisseur : 77,61 €/MWh au 18 septembre 2026 n'est donc pas le prix du kilowattheure facturé, et le prix repère publié chaque mois par la CRE est justement là pour rendre l'écart comparable. Ce n'est pas un lieu physique, parce que la Title Transfer Facility est un point d'échange virtuel du réseau néerlandais et non un terminal où l'on transborde du gaz. Et ce n'est pas une prévision, parce qu'elle donne le prix d'aujourd'hui pour un contrat, pas le prix qui s'appliquera en janvier.
Deux chiffres sont régulièrement mal cités. Le premier est une valeur sans date : le site EnergyRiskIQ affiche dans son titre de page 80,97 €/MWh, sans horodatage identifiable. La valeur n'a pas pu être datée au 18 septembre 2026 ; elle est donc consignée ici comme écart non daté, et non comme chiffre sourcé. Le second est la fourchette de prévisions : extraire 210 €/MWh de la recension et l'annoncer comme le prix de l'hiver revient à taire que la même recension retient aussi 50 €/MWh chez Morgan Stanley (Discovery Alert, 17 septembre 2026). Les deux bornes vont ensemble, sinon une fourchette devient une affirmation.
Une troisième erreur porte sur la cause. L'attribution est disputée : Kpler et Discovery Alert mettent en avant la perturbation dans le Golfe et sur l'offre de GNL, Euronews relaie Oxford Economics sur des stocks historiquement bas avant la saison de chauffe, et la note de marché de Trading Economics ajoute la maintenance norvégienne et la concurrence de la demande asiatique. Les cotations quotidiennes sont bien moins contestées que leur explication. Quant à l'effet réel d'une vague de froid sur la consommation, et donc sur la pression des prix, il se calcule, et notre fiche sur les degrés-jours de chauffe montre comment.